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19 novembre 2013 2 19 /11 /novembre /2013 11:03

L’hiver arrive, et comme chaque année, ma petite déprime saisonnière commence à pointer le bout de son nez. Les journées raccourcissent, il fait de plus en plus froid, je suis au comble de ma sexitude avec ma combi bouillotte/chaussettes de grand-mère/triple couche de vêtements. Noël approche et avec lui son cortège d’emmerdements (il y a du monde partout, des décos de noël tristes à en pleurer  à tous les coins de rue, et il faut réussir à trouver des idées cadeaux alors que je n’en ai déjà pas pour moi), les pensées du type « J’en ai marre, tout ça ne sert à rien, ce monde court à sa perte, je vais m’expatrier à l’île Maurice etc etc » tournent en boucle dans ma tête.

 

Bref, vous l’aurez compris, de la même manière que certains sont plus « Robert » que « Pattinson», actuellement je suis plus « Pépette » que « Super ». Il était plus que temps de rédiger un article outrageusement positif pour contrecarrer cette méchante humeur.

 

J’ai donc listé ci-dessous toutes les choses sensationnelles que le SA m’apporte, pour rebooster tous ceux qui comme moi sont en phase d’hibernation. Je ne renie bien sûr pas nos difficultés, et je ne veux pas tomber dans un excès de positivisme gnangnan, mais néanmoins il me semblait essentiel de mettre l'accent sur mes points forts (car oui, lecteur assidu, cela t'aura peut-être échappé mais j'en ai quelques uns! Sisi).

 

Voici mon top ten :

 

1°) Ma sensibilité extrême. Je ressens les choses de façon si intense, qu’il me semble que cela peut être une richesse. Je vois toutes les horreurs de ce monde de façon très crue, mais j’en vois aussi toutes les merveilles. S'émouvoir sur un air de house au point d'en pleurer, ça n’est pas donné à tout le monde. S’émerveiller d’un coucher de soleil au point d’y repenser plusieurs jours après, non plus. On dit souvent que les Asperger sont immatures émotionnellement.

 

Je crois qu’il est plus juste de dire que nous avons su garder notre âme d’enfant.

 

2°) Mon tempérament de feu. Quand je me prends de passion pour une chose, une personne, une thématique, je donne tout, j’en oublierais presque de manger et de dormir. Je suis une passionnée. Pourtant, à première vue, cela ne paraît pas, je cache bien mon jeu. Avec moi, c’est le feu sous la glace. J’adore ce trait de caractère, je trouve que la plupart des personnes sont blasées, détachées de tout, Dieu que c’est triste… Je suis tombée il y a peu sur une citation de Jean-Paul Lebourhis qui m’a beaucoup plu et qui à mon sens résume tout  : « La passion est le sexe de l’âme ».

 

3°) Mon extraordinaire capacité de concentration. Quand je focalise mon attention sur un sujet qui me passionne, je peux abattre un travail considérable en très peu de temps.

Philippe Starck en a très bien parlé dans une interview récente au Huffington Post « Mais moi je suis clairement autiste. […] Moi j'ai douze ans d'âge mental, je n'en suis pas encore sorti. Après la création c'est une maladie mentale, c'est quasiment semi-automatique. Et comme je n'aime pas parler, que je n'aime pas voir les gens, la ville, que je ne regarde rien et que je n'ai aucune curiosité, la création c'est ma zone de confort.

Un exemple. On m'a donné un dossier tout à l'heure, c'est très très complexe, c'est très gros, c'est quelque chose qui demanderait pour certains six mois de travail. Mais j'ai une telle force de concentration que je vais rendre le projet mardi à 10h30. Et ça c'est unique, je ne m'en vante pas mais quand les gens voient ce que je peux faire, à la vitesse à laquelle je le fais, avec ce niveau de qualité et de précision, les gens se disent que c'est pas normal, c'est pas humain. C'est vrai, c'est maladif. Donc ça ne se discute pas.

Du coup, demain matin je vais attaquer le dossier et jusqu'à mardi je serai en suroxygénation. Mardi matin je serai KO, quasiment gaga, au bord d'un micro burn-out mais j'aurai été dans ma sphère, dans mon monde, j'aurai volé dans mon territoire. »

 

4°) Mes valeurs. Certaines, comme l’honnêteté, sont clairement liées à mon syndrome, d’autres sont liées à mon vécu. Je suis fière d’être droite dans mes bottes, d’avoir des valeurs et du respect pour autrui. Je suis fière d’être tolérante, ouverte d’esprit, généreuse, consciencieuse, perfectionniste.

Ma différence m’enrichit, elle me rend meilleure. J’ai beaucoup souffert, j’ai pris quelques claques, et tout cela m’a rendue plus forte et plus positive. Je suis une guerrière.

 

Tous les Asperger, pour ce qu’ils endurent au jour le jour dans notre société, sont des guerriers.

 

5°) Ma vision unique des relations. Pour moi, pour qu’une relation perdure, il faut qu’elle ait un sens. Je n’ai que faire des relations superficielles, des amitiés de bas étage. Je ne développe que des relations profondes et sincères. Certes, elles sont peu nombreuses, mais elles sont riches et vivantes. Il est si rare pour moi de me sentir « connectée » à une personne, que quand par miracle cela arrive, j’ai réellement conscience de la valeur de cette relation. Je la considère comme un bien très précieux qu’il faut choyer et cultiver. Cela fait de moi une amie fidèle, sur qui on peut compter.

 

6°) Mon originalité. Je la paye au prix fort, mais malgré tout je considère que c’est une chance d’être atypique dans cette société conformiste. Je préfère être un vilain petit canard qu'un mouton de panurge.

Ma différence, je la vois comme une pincée de gingembre dans un coulant au chocolat. Si vous retirez le gingembre, vous retirez au dessert son piquant et sa saveur. Si vous m’enlevez mon autisme, vous m’enlevez ma personnalité flamboyante.   

 

Je ne changerais pour rien au monde.

http://punkkimono.tumblr.com/post/24413913802/never-apologize-for-who-you-are

http://punkkimono.tumblr.com/post/24413913802/never-apologize-for-who-you-are

7°) Ma capacité d'analyse. Depuis toute petite, j'analyse le monde qui m'entoure et je décortique le comportement de mes semblables pour tenter de les comprendre. Cela m'a permis de développer une capacité d'analyse qui m'est utile en de nombreuses situations. J'ai désormais une sorte de 6è sens pour "cerner" les gens.  (Sauf en amour. On dit que l'amour rend aveugle, moi il me rend bécasse, je ne fais que les mauvais choix) Et je peux, de la même manière, analyser un texte, une oeuvre, un CV, n'importe quoi. Je "lis" les choses d'une façon bien particulière, je les analyse, je vois au travers, je les organise dans ma tête et je les synthétise avec une facilité déconcertante.  J'arrive assez facilement à extraire une vision macro. Une sorte de "déformation professionnelle" pourrait-on dire.

 

8°) Mon identité. Certes, l’autisme ne me définit pas, mais il fait partie de moi, tout est étroitement imbriqué.

Comme l’a très justement dit Jim Sinclair « L'autisme n'est pas quelque chose qu'une personne a, ou une "coquille" dans laquelle une personne est enfermée. Il n'y a pas d'enfant dit "normal" caché derrière l'autisme. L'autisme est une manière d'être. Il est envahissant; il teinte toute expérience, toute sensation, perception, pensée, émotion, tout aspect de la vie. Il n'est pas possible de séparer l'autisme de la personne... et si cela était possible, la personne qui vous resterait ne serait pas la même personne que celle du départ.

C'est important, aussi prenez un moment pour y réfléchir : l'autisme est une manière d'être. Il n'est pas possible de séparer la personne de l'autisme. »

 

Depuis que j’ai été diagnostiquée, j’ai enfin la possibilité de me réconcilier avec mon identité profonde. Je suis autiste, de la même manière que je suis brune. Je suis autiste, de la même manière que je suis franco-espagnole. Je suis autiste, de la même manière que je mesure 1m72. Mon identité est désormais complète.

 

Je suis une et indivisible.

 

Je suis en paix avec moi-même.

 

9°) La communauté aspie. Avoir le syndrome d’Asperger c’est aussi être membre d’une communauté faite de solidarité et d’entraide, à contre-courant de l’individualisme ambiant. J’ai ce sentiment d’avoir trouvé une deuxième famille, une famille de cœur, sur internet mais aussi dans la « vraie » vie. J’ai désormais des amis que j’aime de tout mon cœur, avec qui j’échange avec plaisir, et qui me tirent vers le haut. Je ne suis plus seule au monde, comme un petit alien perdu au milieu des terriens. C’est une vraie bouffée d’oxygène.

 

10°) La culture aspie. Que serait une communauté sans culture ? Notre culture est en construction, en devenir, mais elle rayonne déjà. Je l’ai, pour ma part, apprivoisée. J’en ai adopté les codes (le langage, notamment, avec des mots comme "aspie" et "neurotypique"), et j'adore les "private jokes" qui me font rire comme une baleine :

Problème d'aspie n°103 : Quand les gens ne te croient pas quand tu dis que tu es autiste; problème d'aspie n°127 : Quand ton prof essaye encore de te forcer à socialiser avec tes petits camarades, alors que tu es désormais à la fac; problème d'aspie n°147 : Saouler tout le monde car tu parles toujours de tes centres d'intérêt; Ton entourage qui insiste sur le fait que tu devrais socialiser plus, que cela t'aiderait à résoudre tes problèmes

Problème d'aspie n°103 : Quand les gens ne te croient pas quand tu dis que tu es autiste; problème d'aspie n°127 : Quand ton prof essaye encore de te forcer à socialiser avec tes petits camarades, alors que tu es désormais à la fac; problème d'aspie n°147 : Saouler tout le monde car tu parles toujours de tes centres d'intérêt; Ton entourage qui insiste sur le fait que tu devrais socialiser plus, que cela t'aiderait à résoudre tes problèmes

"Fierté Aspie. Allez défiler, moi, je rentre à la maison";   "Kiss my aspergers!" dérivé de "Kiss my ass"; et enfin mon super paillasson "Salut! (ok, ça suffit pour aujourd'hui)"

"Fierté Aspie. Allez défiler, moi, je rentre à la maison"; "Kiss my aspergers!" dérivé de "Kiss my ass"; et enfin mon super paillasson "Salut! (ok, ça suffit pour aujourd'hui)"

Je ne vais pas vous dire que je suis fière d'être Asperger, car cela n'a pas de sens pour moi. Par contre je peux vous dire que je suis fière d'être la personne que je suis devenue (que de chemin parcouru...), et que le SA y joue pour beaucoup.

 

A vous tous mes amis Asperger qui parfois avez un coup de mou :

 

- N'oubliez jamais qu'à votre place bon nombre de personnes auraient déjà baissé les bras.

- Ne sous-estimez pas la force incroyable qui vous anime.

- Ayez conscience du rôle que vous avez à jouer pour que le SA soit connu et reconnu. Vous êtes votre propre porte-parole.

- Identifiez vos qualités et vos points forts, et cultivez-les; ne vous appesantissez pas sur vos incapacités. Croyez-moi, ça fait toute la différence. Est-ce-que j'ai honte d'être une quiche en géographie? De ne pas être à l'aise au milieu de 10 personnes? De ne pas être un génie des maths? Non, je suis arrivée à un stade où je m'en tamponne le coquillard. On ne peut pas tout avoir dans la vie.

- Prenez soin de vous, accordez-vous des temps de repos et de solitude, soyez votre meilleur allié.

- Ayez toujours en tête cette citation de Temple Grandin "Different, not less"  (que je traduirais, en m'écartant un poil de la version originale, comme ceci : "Différent, pas déficient").

 

 

Vous êtes parfaits comme vous êtes.

 

Et comme charité bien ordonnée commence par soi-même, je m'en vais de ce pas me le répéter en boucle jusqu'à l'arrivée du printemps.

 

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Published by Super Pépette - dans Asperger
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commentaires

Aurélie 09/03/2017 08:11

Positiver c'est la vie ! Tu me donnes envie de me plonger dans les livres de Temple Grandin, tiens.

Raven 19/01/2017 02:29

Hello.
Ma psy a suggéré que j'étais une aspie. Je ne fais que pleurer depuis. Ton blog m'a fait pleurer légèrement mais cette liste ci m'a fait sourire et la perspective d'être une aspergirl ne me fait plus si peur/mal.
Alors simplement merci ❤️

Nicolski Monique 01/01/2017 11:33

tout d'abord, je voudrais vous souhaiter une bonne et heureuse année 2017 !
Mon petit-fis de 14 ans, vient d'avoir la confirmation de"troubles du spectre autistique" .Le médecin déplore le retard du diagnostique , retard d'après lui difficilement réparable !
Il avait fait une scolarité primaire pratiquement normale .Tout s'est gâté à partir de la 6éme......on l'a dirigé vers une ITEP, en internat......résultat catastrophique .
Votre vidéo m'a réconfortée .Pourriez-vous me donner quelques conseils pour l'aider ?
D'avance je vous en remercie .

Le King 15/09/2016 23:42

Merci pour ce témoignage. Je me retrouve dans presque tout ce que vous avez écrits. Je suis aussi fier du chemin que j'ai parcouru et je suis désormais en paix avec moi même en identifiant d’où pouvait venir ma différence, ma personnalité atypique. Bravo à vous et à votre parcours. Un homme de 37 ans père de 2 enfants.

Jess 05/07/2016 00:47

Coucou. Je viens de tomber sur ton blog il y a peu, suite à des recherches concernant les aspies, justement. Quelques personnes m'ont laissés sous entendre que j'étais très certainement aspie et, honnêtement, je me voyais tout sauf ça. Je me voyais bipolaire, avec un TDI, un TDA, schizotypique, mais pas aspie. Et pourtant à force de lire des témoignages, à force de regarder ça et là et ayant passé le quiz (même si je sais que ce n'est sans doute pas valable), je me pose de plus en plus la question.
Je vois une psychiatre depuis peu mais je ne sais pas comment amener le sujet.... J'aimerai mettre un nom sur cette "chose" qui me fait me sentir tellement differents. J'aimerai rencontrer des gens "semblables" également. J'aimerai pouvoir aller de l'avant....
Je suis complètement perdue, et j'avoue que cela commence à me peser beaucoup.
Je n'ai pas eu le temps de lire tout ton blog donc excuse moi si tu en as déjà parlé... Mais Comment t'as t'on diagnostiqué cela ?

Des bisous et à bientôt j'espère

frimousse 17/11/2016 14:24

bonjour Jess,
mon ami est différent des autres et j'ai du mal à comprendre sa différence jusqu'à ce que je tombe sur un témoignage sur internet d'une asperger, et là.. j'ai reconnu mon ami.... j'ai mis de longs mois à lui faire part de cela car lui ne se voit pas différent... mais il a reconnu qu'effectivement cela lui ressemble beaucoup ... je recherche des gens avec qui échanger afin de mieux le comprendre et mieux supporter ses différences qui font que notre vie est compliquée.
j'aimerai que lui aussi vienne à accepter le diagnostique que je suis la seule à avoir fait... j'aimerai correspondre avec vous Jess si vous être ok ( ou tout autre personne qui le voudrait )
merci.... bises

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