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8 novembre 2013 5 08 /11 /novembre /2013 13:40

Actuellement ma vie ressemble à ça :

 

 

 

Photo extraite de la page facebook https://www.facebook.com/17ruemercoeur?filter=3

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Un intérieur cosy, douillet, confortable, avec des lumières douces et tamisées, au calme, où chaque chose est à sa place. Ma vie, c’est ce salon, cette zone de confort, préservée du monde extérieur, et de tout ce qui, potentiellement, pourrait me faire chavirer.

 

Je limite les interactions sociales, je travaille à temps partiel, je m’adonne à mes passions à volonté, j’écris, je lis, je prends soin de mes animaux.

Paraîtrait que la vie débute hors de la zone de confort. En théorie ça donnerait ça :

Version édulcorée

Version édulcorée

Moi ma vie, C’EST ma zone de confort.

Version qui pique le palais

Version qui pique le palais

L’enfer, c’est les autres.

L’enfer, c’est le monde là dehors, épuisant, menaçant, déstabilisant. 

L’enfer, c’est tout ce qui se situe à l’extérieur de ma zone de confort.

Les échanges sociaux à outrance, les imprévus, les transports en commun, le bruit…

 

Je pensais être définitivement à l’abri, grâce à tout ce que j’ai pu mettre en place ces derniers mois pour me préserver, et hier, la réalité m’a rattrapée.

 

Un charmant voisin, Robert, président du conseil syndical de l’immeuble, se sent investi d’une mission au sein de la copropriété : celle de faire respecter l’ordre et la loi le règlement intérieur, par tous moyens possibles.

Robert se prend pour le propriétaire de l’immeuble.

Robert aime bien aller taper à votre porte à n’importe quelle heure pour vous parler du dernier « dossier brûlant » de la copro.

Robert a raté sa vocation de flic.

Robert est toujours tapi dans l’ombre tel un guêpard dans la savane, prêt à bondir sur sa proie pour lui rappeler l’article 3.4.2 du règlement de la copro.

Robert m’angoisse beaucoup.

 

Et je n'aime pas ça du tout du tout. Je suis gentille mais j’ai mes limites.

 

Hier, Robert m’a hélée en me croisant (le contraire eut été étonnant, Robert ayant TOUJOURS quelque chose à dire). En substance, il me sort « La femme de ménage de la copro s’est plainte parce qu’il y avait sur votre palier de la boue à cause des chiens. » Face à une Super Pépette mi-interloquée mi-agacée il surenchérit « Ah bah oui, quand on salit il faut nettoyer ! C’est la moindre des choses ! ». Mon cerveau bouillonne, je dois non seulement activer le mode « conversation entre bipèdes » mais aussi le mode « conversation parfaitement inattendue sur un sujet que je n’ai pas anticipé » et enfin le mode « il va falloir se défendre et avoir de la répartie ». Robert m’aurait parlé de la pluie et du beau temps, pas de problème, je sais faire, mais là... ça faisait beaucoup. Il m’a prise par surprise le coquin. (Non ne vous emballez pas, c'est une façon de parler, notre relation bien que très passionnelle n'en demeure pas moins parfaitement platonique)

 

 Je rétorque donc « Ca n’a rien à voir avec les chiens, j’ai sans doute semé un peu de boue séchée en rentrant chez moi, je n’ai pas fait attention, vu le temps qu’il fait je pense que ça peut arriver à n’importe qui ».

 

« Il n’y en n’avait pas qu’un peu, elle m’a montré, j’ai été voir. »

 

A ce stade je pense que vous vous dites, comme moi, que Robert n’a pas grand-chose à faire de ses journées.

C’est pas faux.

 

Ce genre d’échanges me perturbent toujours au plus haut point, et ça n’a pas loupé. J’avais des tas d’arguments en tête, qui se bousculaient pour sortir, mais je n’ai pas été capable d’émettre un seul son. Comme si tous mes muscles faciaux étaient paralysés alors que mon cerveau, lui, fonctionnait à plein tube.

Je suis simplement rentrée chez moi, agacée par mon incapacité à faire face à cet échange, et humiliée par les remontrances de ce parfait inconnu. (Car oui, un voisin, pour moi, c’est un parfait inconnu ! On n’a pas élevé les vaches ensemble !)

Arrivée chez moi je me suis mise à pleurer comme une madeleine (hyperémotivité quand tu nous tiens) et à trembler de tous mes membres. J’étais énervée contre lui, contre moi, contre la Terre entière. Il m’a fallu deux bonnes heures pour me calmer. J’ai alors rédigé un petit texte : j’étais bien décidée à l’appeler et à lui dire le fond de ma pensée, mais pour que je sois prise au sérieux il fallait que je le fasse sans bafouiller et sans perdre mes moyens. Lire un texte écrit au préalable était la solution idéale. Voilà donc ce que ça a donné :

 

« Je vous appelle pour faire le point sur ce que vous m’avez dit ce midi.

Je vais être très claire et transparente, comme vous avez su l’être avec moi :

  • Vous ne le savez sans doute pas, Robert, mais j’ai bientôt 30 ans, je ne suis pas une gamine, donc me faire remonter les bretelles par vous ou n’importe qui d’autre, franchement j’ai passé l’âge
  • Les 3 gr de boue qu’il y avait sur le palier ne sont pas causés par mes chiens mais plus probablement par mes bottes qui étaient sales, c’est un oubli de ma part, cela peut arriver à n’importe qui, je ramasserai la prochaine fois. Ca n’est pas comme si ils avaient cagué dans l’ascenseur !
  • Je pense d’ailleurs que vous avez pu juger par vous-même en vous invitant chez moi à plusieurs reprises que je ne suis pas une pré-adolescente cradingue irresponsable, et que je vis dans un environnement propre

 

A l’avenir :

Primo : la femme de ménage peut me parler en direct et me mettre un mot dans ma boîte aux lettres, je ne me priverai pas de le lui dire quand je la croiserai. Je lui rappellerai également que la vocation de l’entreprise de nettoyage est bel et bien de … nettoyer.

Secundo : Venir chez moi à n’importe quelle heure : c’est fini. C’est intrusif et ça ne se fait pas. Si besoin de me contacter, vous pouvez le faire par texto ou en mettant un mot dans la boîte aux lettres »

 

Robert m’a régulièrement interrompue pour me dire « Non mais moi je dis les choses franchement » l’air de dire « il ne faut pas s’en formaliser ». Je lui ai répondu à chaque fois « Oui oui, il n’y a pas de mal, moi aussi je dis les choses franchement » et je continuais à lire mon texte… J’ai réussi à aller au bout, sans buter sur les mots ni me mettre à pleurer (quand la tension est forte, je pleure !), en étant ferme et très « pro ».

A la fin, le sieur Robert a pété un plomb et s’est mis à hurler qu’il allait me « laisser dans la merde » que c’était « la guerre », que «votre paillasson perd ses poils, c'est inadmissible» (je n'invente rien) et autres débilités. J’ai donc dit « Ok Robert, bonne après-midi » et j’ai raccroché.

 

Je pense qu’on a là un exemple parfait d’analyse transactionnelle* : Robert m’imposait un mode de communication « Parent-Enfant » et j’ai inversé la vapeur en basculant la communication sur un mode « Adulte-Adulte ». Ce qui, bien sûr, ne lui a pas plu, car il a perdu l’ «ascendant» en quelque sorte.

 

Tout cela m’a demandé des efforts considérables, et j’ai réalisé qu’au moindre accroc, tout mon petit monde de douceur pouvait s’écrouler.

 

Je suis et serai toujours autiste, avec mes difficultés, et le monde extérieur tel qu’il existe est une menace permanente à mon équilibre. Je ne peux pas le plier à mes exigences, je ne peux pas le façonner, le transformer, je ne maîtrise rien. Je ne peux agir que sur moi-même et ma zone de confort.

 

Bénie soit-elle !

 

 

* Il s'agit d'une théorie de la communication, une des seules choses un tant soit peu intéressantes que j'ai pu étudier en ESC. Si vous avez le temps jetez un coup d'oeil ici, un jour ou l'autre ça pourrait vous être utile.

 

"Je suis parfaitement flexible, à condition que tout se passe exactement comme je le souhaite"

"Je suis parfaitement flexible, à condition que tout se passe exactement comme je le souhaite"

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Published by Super Pépette - dans Anecdotes aspie-rantes
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commentaires

Elleauxailes 28/04/2016 08:52

Je crois que je ne supporterais pas ce genre d'individu... Je prendrais la fuite, quitte à monter les 7 étages par les escaliers pour le semer et lui claquer la porte au nez.
Heureusement la copropriété que je réintègrerais un jour où l'autre est composée de 5 bâtiments, donc s'il y a un "Robert" dans l'ensemble, il ne doit pas être dans le bâtiment E....

LeLelEffectif 05/10/2015 22:41

Ca se passe comment les diagnostics en région parisienne?

Alice 12/08/2014 14:33

Je découvre ton blog aujourd'hui, je dois faire un diagnostic asperger, je me reconnais parfaitement dans tellement de choses! (sensibilité, besoin de tout contrôler, etc).... Tes articles sont une mine d'informations incroyables pour moi, même si j'ai dépassé le stade de la trentaine et que j'ai franchi le cap des 40 ans! Longue vie à ton blog:)

Skitty 15/03/2014 23:26

Comme je comprends ce que tu ressens ! Moi-même plusieurs personnes me traitent de cette façon. J'ai remarqué que beaucoup de gens adorent faire la leçon aux autres, c'est pour eux un véritable plaisir. Mais moi ça m'agace énormément. Surtout cette façon de parler comme si nous étions dans une relation parent-enfant, je ressens ça véritablement comme une attaque. Les gens ne pourrait pas s'occuper déjà de leur propre vie avant d'aller donner des leçons aux autres ?!

Zebra Dya 18/02/2014 13:51

Et ben... y'en a des comme ça.. enfin. J'applaudit ton courage. Je sais qu'en de pareilles circonstances, j'aurais tendance (toute déstabillisée et décontenancée que je suis) à dire amen à tout avec une petite fluette. "Oui oui bien sur excusez moi". Et la prochaine fois de même lui proposer de polir ses godasses s'il le faut pour qu'il me foute la paix. Parce Brr.. je n'ai vraiment aucune répartie face à ce genre de choses et qu'on me prends souvent pour un paillasson (mais je ne perds pas mes poils ;)). Bon, je travaille là dessus depuis un moment donc ça va mieux, mais les larmes ne sont jamais loin. Donc, bravo, et bien envoyé !!

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