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1 avril 2016 5 01 /04 /avril /2016 10:19

C’est un peu dur aujourd’hui. Comme hier, avant-hier, et avant avant-hier, en fait. Je dors mal la nuit. Je fais des crises d’angoisse. Je n’avance pas assez vite sur mon boulot. Je me sens seule. Je culpabilise. Je culpabilise de culpabiliser. Vous voyez le genre.

 

Depuis plusieurs mois, mon hyperacousie et moi-même vivons en communion avec un chantier. Dès 7h du matin, les pelleteuses, marteaux-piqueurs et autres foreuses chantent une douce mélodie jusqu’à 17h, du lundi au vendredi. Et ce, juste en bas de chez moi. Imaginez être allergique à la bouse de vache et devoir vous rouler dedans toute la journée, ça vous donnera une idée du merdier dans lequel je suis. Sans mauvais jeu de mots.

Au secours

Au secours

Le matin quand j’ouvre mes volets, je vois les gars du chantier qui s’activent. Je les croise quand je sors les chiens. Je les observe aussi parfois, à demi planquée derrière mes rideaux, en mode Mamie-Mougeot-inspectrice-des-travaux-finis. Ils font partie intégrante de mon quotidien. Bientôt, on va passer un cap dans notre relation, je le sens : « Eh Jean-Mi, tu montes boire un café ? ». Remarquez, ça pourrait compenser si Jean-Mi ressemblait à ça :

Les mots me manquent

Les mots me manquent

Eh oui vous connaissez ma passion honteuse pour les beaux éphèbes bronzés… Les « kékés des plages » comme les appelle ma copine Juju. (Non je n’ai pas un dédoublement de la personnalité, merci bien, manquerait plus que ça ! J’ai VRAIMENT une copine qui s’appelle Juju) Bref, je m’égare. Malheureusement, les Jean-Mi du chantier ressemblent plus à Michel Sapin qu’à Ryan Gosling. Donc en vrai, y’a rien qui compense.

 

Juste ce boucan, qui prend toute la place, dans ma tête, dans ma vie. Il est partout, tout le temps. Même quand je ne suis pas chez moi, je sursaute et me mets à trembler dès que j’entends un bruit qui ressemble de près ou de loin à celui du chantier. L’autre jour c’est le bruit d’une canette qu’on écrase qui m’a mise sur les nerfs. J’ai l’impression de développer une sorte de traumatisme sonore, je suis en surcharge sensorielle en permanence.

 

Et je ne peux pas bosser ailleurs que chez moi. J’ai déjà essayé, il n’y a rien à faire, je n’y arrive pas. Je ne parviens pas à me concentrer. Ne parlons même pas des espaces collectifs. En 8 ans d’études je n’ai pas passé une seule journée à la BU. La simple présence des autres me crispe. Et puis dans ce genre d’ambiances il faut être silencieux. Et mon ventre NE PEUT PAS être silencieux, c’est juste pas possible, je ne peux pas lutter. Déjà en temps normal il est toujours en train de vouloir communiquer avec le monde, mais alors là il me fait un remake de la Macarena à base de borborygmes tous plus tonitruants les uns que les autres. C’est comme s’il savait, le bougre.

 

J’ai donc mené en moi-même une lutte interne sans merci :

 

« - Bon faut que je déménage.

- Hop hop hop doucement, tu sais ce que tu quittes, et tu sais pas ce que tu trouves !

- Oui mais là c’est plus possible, si ça continue je vais sauter par la fenêtre et mourir façon œufs brouillés sur son lit de camion-benne. Ca ferait désordre.

- Organiser un déménagement, c’est la galère ! Ca va te fatiguer, tu vas perdre des semaines de boulot.

- Je suis DEJA en train de perdre des semaines de boulot !! Au moins après je pourrai redémarrer dans de bonnes conditions.

- Pas faux… Mais regarde !! Ici tu as le chauffage gaz collectif !! »

 

Vous l’aurez compris, mon esprit est très créatif quand il s’agit de trouver des prétextes à l’immobilisme, vue mon aversion profonde pour le changement. J’ai néanmoins fini par me mettre sérieusement à chercher un autre appart, sauf que mon dossier ne passe nulle part. Qui voudrait d’une étudiante, avec pour caution des parents qui sont à la retraite ? Bah personne, a priori.

 

Alors voilà, pour l’instant je suis coincée. Et là j’en rigole, mais en vrai je déprime sévère. Je suis épuisée, je n’arrive plus à rien, j’annule mes engagements les uns après les autres. Moi qui ai lutté si fort pour atteindre un équilibre dans ma vie, j’ai l’impression qu’il est en train de s’effondrer comme un vulgaire château de cartes. Et c’est ça aussi la vie d’un aspie : avoir l’impression qu’on a dépassé plein de trucs pour finalement se rendre compte qu’en fait rien n’est jamais acquis. J’ai toujours l’impression que la vie me rattrape d’une façon ou d’une autre pour me (re)mettre le nez dans ma mouise. Et je dois puiser en moi encore plus profondément pour trouver des solutions, avancer, survivre.

Alors oui il y a de quoi être lasse, et c’est mon cas actuellement. Mais nous les aspies sommes incroyablement résilients, à cause (grâce?) justement de toutes ces difficultés - et même parfois de ces traumatismes - que nous sommes bien obligés de surmonter. Nous avons une force en nous qui n'en finit pas de me surprendre.

C’est à ça que je m’accroche.

 

 

 

 

 

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Published by Super Pépette - dans Anecdotes aspie-rantes
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commentaires

juliette 29/03/2017 08:12

Bonjour et merci de ce post, qui illustre bien et avec humour l'hyperacousie !

alec 30/01/2017 22:54

On se sent moins seule quand on découvre votre blog .. Je sens et réagis comme vous. Je suis passée par 10 diagnostics différents. Maintenant je comprends.. J'espère pouvoir trouver un professionnel de santé qui puisse maintenant poser un diagnostic. A 40 Ans, ça me soulagerait...

Anouk 02/01/2017 23:42

J'ai eu le même raisonnement quand ma voisine à fait l’acquisition d'une radio avec des basses puissantes quelques semaines avant le concours de la PACES (première année de médecine)
Chaque fois qu'elle l'allumait, même pas très fort, je n'entendais que ça, au bout d'une ou deux heures j'avais envie de pleurer, impossible de se concentrer sur mes cours, et ça affectais vraiment mon moral.
Mais heureusement, j'arrivais à travailler à la bibliothèque et je suis allée la voir 5 jours avant le jour J pour la prévenir et elle a beaucoup diminué son utilisation de la machine infernale.

LeDen's 17/10/2016 23:37

Salut à toi, !
Je repasserai
Trop de choses à réag.dir.e ...
A part toussa:
Ta BD est lisible ? Où ?
Biz

Superbrunette 06/10/2016 09:45

Bonjour,
Je découvre votre blog avec bonheur et j'en démarre la lecture par cet article.
Je partage votre système de pensée. C'est dur, on doit déployer des trésors de détermination pour se surpasser alors quand on ne récolte pas ce que l'on pense pourtant mériter après tant d'efforts...C'est vraiment dur et on le vit comme une injustice ou le sort qui s'acharne, selon le "mood" du moment.
J'ai lu récemment la BD réalisée conjointement avec Mademoiselle Caroline, bravo !...Et surtout "merci".
Je vous envoie plein de bonnes ondes pour vos projets à venir.

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  • : émoi émoi et moi... Le blog porte bien son nom! Il est avant tout centré sur...moi, ma petite vie, mes coups de gueule, mes envies. J'essaye d'apporter un certain éclairage sur le syndrome d'Asperger trop méconnu en France. Avec humour, toujours. // Ce blog est protégé par les droits d'auteur. Toute reproduction, diffusion, publication partielle ou totale est interdite sans l'autorisation écrite de l'auteur.
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