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23 février 2017 4 23 /02 /février /2017 17:34

Je suis un Bisounours. C'est vrai, quoi! J'aime les gens, je crois en la paix dans le monde, je ne mange pas les animaux, j'accorde le bénéfice du doute quand quelqu'un dit / fait n'importe quoi, je prête une oreille attentive aux bobos des uns et des autres, et même parfois j'arrive à avoir de la compassion pour des énergumènes comme Finkielcroûte. Bon ok, c'est rare. Mais ça arrive!! J'ai cette espèce de fantasme d'une vie simple et harmonieuse où je pourrais être tranquille au coin du feu avec mes ami.e.s. Je nous vois d'ici rire aux éclats en manquant de s'étouffer avec du quinoa, raconter des blagues non oppressives, se parler en suivant les préceptes de la Communication Non Violente, faire des câlins aux arbres et se rouler tout nus dans l'herbe (ne me jugez pas, bande de manants, chacun ses fantasmes). Bref, j'aurais sans doute été très heureuse dans les années 60.

 

Mais parfois, la colère me déborde et le Bisounours en moi laisse place à un Hulk enragé. Ce qui a tôt fait de surprendre mon entourage, peu habitué à ce genre de débordements de ma part.

 

Globalement, je pète un câble quand je me retrouve face à un propos sexiste et / ou autismophobe, ou même simplement ignorant, ce qui n'est guère mieux. J'ai à ce sujet-là un seuil de tolérance proche de zéro. Avoir face à moi quelqu'un qui me dit que l'autisme est une mode, que peut-être que ça se soigne, que je ne suis pas "vraiment autiste", que l'autisme est une pathologie dont je suis "atteinte", oui ça me gonfle. Ca me gonfle parce que c'est mon pain quotidien, et après l'avoir entendu 948747 fois, ça en devient légèrement lassant. Ca me gonfle parce que non seulement j'ai passé ma vie à être moquée, exclue, stigmatisée, mais en plus de ça quand je me retrouve face à ce genre de propos il faudrait que je garde mon calme et que je fasse de la pédagogie individuelle, le tout avec le sourire. Alors que 80% de mon temps de travail est consacré à la sensibilisation à l'autisme (et dans ce cadre-là c'est ok, c'est mon boulot de Super Pépette), vous imaginez si en plus de cela je devais éduquer toutes les personnes random que je croise dans ma vie perso? Genre la coloc de mon mec, le cousin de ma voisine et le chien du buraliste? Et bah non, déso mais pas déso, je n'ai pas le temps / l'énergie / l'envie / le courage. Ca m'agace, et j'ai le DROIT d'être agacée. Ce ressenti est justifié et légitime. Et quand par-dessus le marché je m'entends dire "Mais ne t'énerve pas! Il.Elle ne pensait pas à mal, tu exagères.", ou encore "Aie un peu de compassion", alors là c'est le début de la fin.

Non seulement j'ai subi un propos craignos, mais de plus mon ressenti est nié. Ma colère est balayée d'un revers de la main. On m'a balancé un truc moche qui m'a blessée et bizarrement c'est MA réaction qui est sujette à caution. C'est MOI qui devrais "faire des efforts". On n'est pas loin du "Si quelqu'un te frappe sur la joue droite, tends-lui aussi la gauche, et roule-lui une pelle par-dessus le marché". J'ai beau avoir son swag, je ne suis pas Jésus. 

Une saine colère

En gros c'est la double peine, le double effet Kiss Cool dans ta face. Idem quand je subis un propos sexiste, que j'en parle après coup avec un homme de sexe masculin pour trouver un peu de réconfort et qu'il me dit de "relativiser". Pour le réconfort, on repassera. 

 

[ A ce sujet, je vous invite à visionner l'épisode 7 de la saison 1 de l'excellente série Master of None du non moins excellent Aziz Ansari qui illustre parfaitement le sexisme ordinaire, et l'incompréhension du conjoint qui est souvent à 1000 lieues d'imaginer ce que sa compagne vit, quand il n'y participe pas lui-même. ] 


 

Master of None S01E07

Master of None S01E07

Pas étonnant que l'on finisse par se replier sur notre communauté si les seul.e.s qui nous comprennent sont celles et ceux qui vivent les mêmes choses que nous. Taxer de communautaristes des personnes qui n'ont finalement pas d'autre choix que de se retrouver entre elles pour pouvoir se sentir acceptées est un peu facile. Personnellement, je ne me sens jamais aussi bien que quand je suis avec mes ami.e.s autistes! Et les quelques ami.e.s non autistes que j'ai sont atypiques et prêt.e.s à remettre en question leurs schémas de pensée. Dans tous les autres cas, je ne me fatigue pas à essayer, je sais que la relation est vouée à l'échec. 

 

Quand une personne qui fait partie d'une minorité opprimée a suffisamment confiance en vous pour vous faire part de son vécu, le comportement à adopter dans ces cas-là est... *roulement de tambour* ...l'écoute! Prêtez-lui une oreille attentive et empathique, admettez que vous ne connaissez rien à son vécu, ne soyez pas sur la défensive, ne le prenez pas pour vous (Si vous êtes tenté.e de dire "Oui mais moi je ne suis pas comme ça!" lisez ça), et soyez compréhensif.ve. C'est tout. Et ça n'est pas si compliqué. Si demain une personne noire me dit qu'elle vient d'être recalée à un entretien d'embauche et qu'elle pense avoir été victime de racisme, je ne vais pas m'amuser à lui dire "Non mais attends tu es parano, peut-être qu'ils avaient juste un meilleur candidat que toi!". Qui suis-je, moi blanche privilégiée, pour savoir mieux qu'elle ce qu'elle a vécu? Elle sait. Elle est aguerrie. Alors l'idée c'est juste de faire silence, d'écouter, et de prononcer ces quelques mots qui peuvent sauver des vies : "Je suis là" ; "J'entends ta colère" ; "Est-ce-que je peux faire quelque chose pour toi?".

 

En plus d'être blessants, les propos sexistes, racistes, homophobes, autismophobes, handiphobes etc. (la liste est longue) posent problème parce qu'ils construisent une réalité. Ils ne sont pas anodins puisqu'ils viennent renforcer les stéréotypes à l'égard des minorités et systémiser des mécanismes d'oppression. Comment cesser de croire que les femmes sont faibles, que les arabes sont des voleurs et les noirs des fainéants si chaque jour qui passe ces images sont renforcées par notre façon de communiquer ? Comment les enfants peuvent-ils grandir sans devenir sexistes, racistes ou homophobes (...) alors que les blagues et références sexistes, racistes et homophobes auront bercé toute leur jeunesse ? C'est pour cela que des remarques du genre : "Ah non mais je suis pas une tapette, moi!" ou "Arrête de pleurer, on dirait une fille" ne sont pas acceptables. Comme si se comporter (soit-disant) comme un homosexuel ou comme une femme était insultant!

Allons bon.

"Je n'ai pas honte de m'habiller comme une femme car je trouve qu'il n'y a pas de honte à être une femme"

"Je n'ai pas honte de m'habiller comme une femme car je trouve qu'il n'y a pas de honte à être une femme"

C'est pour cette raison aussi que l'humour oppressif ne me fait pas rire (voir ici, et aussi ici pour ceux qui seraient tentés de citer Desproges). Au 21è siècle on est encore en train de se moquer de la femme plutôt que du macho, du noir plutôt que du raciste, mais quelle honte! Et quel manque d'inspiration... En plus d'être vues et revues ces blagues justifient et alimentent les inégalités. Il existe des rapports de domination dans la société. En se moquant des dominants, on contribue à les déconstruire, tandis qu'en se moquant des dominés, on les alimente (et si ça n'est pas suffisant, dites-vous qu'à chaque blague oppressive un bébé panda meurt quelque part dans le monde. Merci, bisous.)

Une saine colère

Alors oui, j'estime que ma colère, en plus d'être justifiée et légitime, est saine. Quand elle est là, je l'accueille. Car elle dit quelque chose. C'est un signal d'alarme qui m'est utile. Elle m'informe qu'un truc ne tourne pas rond dans la situation que je vis, elle me prépare à me défendre ou à me préserver. Ma colère me donne un petit coup de pied aux fesses. Elle me conforte dans l'idée que nous avons encore beaucoup de travail à faire et que notre lutte est juste. Elle m'invite à bousculer l'ordre établi. C'est une colère qui a du sens, qui parle de mon vécu, de mon combat, de mes valeurs. C'est une saine colère.

Et le prochain qui m'emmerde, je le dégomme à coups de tofu, bordel! 

 

 

 

 

EDIT en date du 8 mars : J'ai fait une petite vidéo pour le Huffington Post suite aux propos de Fillon au JT de Fr2, vous pouvez la voir ICI

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commentaires

papiroma 07/03/2018 11:16

Je découvre ce blog après une période d'absence....
Une petite précision humoristique à propos "du conjoint qui est à 10.000 lieux d'imaginer". Ces 10.000 lieux sont employées afin de conceptualiser une très grande distance. Toutefois, sachant qu'une lieu équivalait à 4 kilomètres; se trouver à 10.000 lieu d'ici c'est effectivement être là où l'on est. Heureux de vous avoir retrouvée

Van Haecke 16/02/2018 10:37

Bonjour,
Vos vidéos sont très instructives.
Je souhaite pouvoir vous adresser un message via ma messagerie. Je ne suis pas fort en réseau sociaux. Je travaille avec des personnes qui sont dans le spectre de l'autisme. Je suis neurotypique, je suis psychologue, et je me pose des questions sur la façon d'accompagner les personnes que je suis avec la question du diagnostic.
Un grand merci pour votre travail de témoignage, la diffusion auprès du grand public est un grand travail.
Merci,
Alexis Van Haecke

Ouistiti 06/11/2017 16:50

merci å toi pour ton blog.
je me permet avec bienveillance de rajouter un petit truc. la transphobie est aussi quelque chose qui fait bien mal. j ai toujours eu des problemes de comprehension face aux normes de genre et aux idees reçues sur ce qu est soit disant un homme ou soit disant une femme. nous vivons dans un monde tres binaire par rapport aux normes et idees reçues sur le genre. je n ai jamais pu apprendre et integrer ces normes. (desole pour l orthographe sans accents..j ecris avec un clavier americain)

Une zébrelle 24/10/2017 21:25

"Au 21è siècle on est encore en train de se moquer de la femme plutôt que du macho, du noir plutôt que du raciste, mais quelle honte! Et quel manque d'inspiration... "

Je n'aurais pas dit mieux !!! Je me faisais la même réflexion concernant un sketch récent de Jérôme Commandeur, qui se moque du viol et sous-entend que ce serait une forme de compliment ! >:(

Arthur 24/08/2017 01:42

Tes vidéos sont vraiment très pédagogiques, j'ai appris pas mal de choses grâce à toi, je sais pas si je suis autiste mais je me reconnais beaucoup dans ton côté binaire et naïf X) je me suis souvent fait avoir et quand je t'écoute j'ai pour une fois l'impression d'entendre quelqu'un qui voit le monde un peu comme moi et je me sens moins seul :), d'ailleurs ce qui est drôle c'est que l'un de mes amis proches est autiste asperger et j'adore passer du temps avec lui, et aussi j'aimerais savoir comment tu gères tes dissonances cognitives, car j'aime bien avoir la vision des autres. Bonne continuation.

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  • : émoi émoi et moi... Le blog porte bien son nom! Il est avant tout centré sur...moi, ma petite vie, mes coups de gueule, mes envies. J'essaye d'apporter un certain éclairage sur le syndrome d'Asperger trop méconnu en France. Avec humour, toujours. // Ce blog est protégé par les droits d'auteur. Toute reproduction, diffusion, publication partielle ou totale est interdite sans l'autorisation écrite de l'auteur.

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