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26 août 2012 7 26 /08 /août /2012 13:51

Et bien voilà, avec mon diagnostic d’asperger en poche, on aurait pu penser que c’était le début de la fin des difficultés. Que nenni mon cher Watson, le parcours est semé d’embûches. Ben oui, sinon ça ne serait pas drôle et je n’aurais plus rien à raconter sur mon blog. Merci, oh Grand Dieu des embûches, d’en semer si généreusement sur ma route, ça me donne matière à blablater.

 

Après mon rendez-vous avec le Dr Tuffreau, j’ai souhaité en savoir plus sur le syndrome. J’ai donc acheté deux ouvrages que j’ai avalés en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire : « Syndrome d’asperger, guide complet » de Tony Attwood et « Comprendre les personnes autistes de haut niveau » de Peter Vermeulen. J’étais toute fébrile en ouvrant le premier livre, les mains poites, le cœur palpitant, le cerveau en ébullition, « au taquet » comme diraient les djeuns. Sauf que voilà, au fur et à mesure de ma lecture, j’ai commencé à me poser de sérieuses questions. Je ne me retrouvais pas dans la description du syndrome. Quatre pages ont réellement fait « tilt » dans l’ouvrage de Tony Attwood (c’est peu, sur 415) : les pages 44 et 45 sur le « diagnostic de filles » et les pages 210 et 211 sur « les intérêts des filles et des femmes » (je le précise, ça peut intéresser certaines filles aspergers) Quant à l’ouvrage de Peter Vermeulen, n’en parlons pas, je ne m’y suis pas retrouvée du tout. J’ai assez rapidement compris que ces ouvrages décrivaient principalement le SA tel qu’il est observé chez les hommes. En effet selon les statistiques, il y aurait 4 fois plus d’hommes Asperger que de femmes Asperger. (A noter que cette constatation est depuis remise en question : le Dr Attwood a  constaté dans sa clinique à Brisbane (Australie) que le ratio était de 1 fille pour 2 garçons (1) .Les femmes étant plus enclines à utiliser la technique du caméléon (ou autrement dit, l’imitation) pour se fondre dans la masse, elles sont moins facilement détectables, et donc, diagnostiquables.) Ces statistiques prouvent cependant que les ouvrages ont été rédigés à partir de l’étude et de l’observation de cas MASCULINS, alors que le SA ne s’exprime pas du tout de la même manière chez une femme qui n’utilisera pas les mêmes stratégies pour contourner ses difficultés sociales. La description générique du syndrome ne concerne donc réellement que les hommes. Inutile de vous dire qu’en découvrant cela mon sang n’a fait qu’un tour et un fort sentiment de girlpower s’est emparé de moi. Voyez-vous, à cet instant, j’aurais pu fonder les Spice Girls si elles n’avaient pas déjà existé.

 

Alors comme ça on nous oublie, nous les femmes Asperger ? On est quantité négligeable, c’est ça ? Grrrr ça va pas se passer comme ça, j’vous le dis, moi ! J’ai donc canalisé cette merveilleuse énergie féministe pour…. m’acheter encore un bouquin. Mais pas n’importe lequel, cette fois-ci. J’ai choisi le témoignage d’une femme Asperger : « Vivre avec le syndrome d’asperger : un handicap invisible au quotidien » de Liane Holliday. Et là… déception. Liane Holliday est surdouée. Pas moi. Son témoignage n’est évidemment qu’un témoignage, une parcelle du syndrome au féminin, avec son incroyable intelligence par-dessus tout ça. A ce stade, j’ai failli offrir un de mes chats en offrande au Grand Dieu des embûches pour qu’il me lâche un peu la grappe, trop c’était trop ! J’ai donc repris mes recherches, en espérant enfin trouver un bouquin qui me « parle », et, oh miracle, j’ai trouvé ! Alors certes, il est en anglais, mais on ne va pas faire la fine bouche : « Aspergirls » de Rudy Simone. Depuis, Rudy est ma nouvelle meilleure amie. Dans ma tête, évidemment, mais c’est déjà énorme. Son livre est très accessible et décrit merveilleusement le syndrome tel qu’il est vécu par les femmes, avec ses spécificités. Cela m’a confirmé ce que j’avais déjà compris : le syndrome ne se conjugue pas du tout de la même manière au féminin et au masculin. Comme le dit si bien Rudy, les aspergirls constituent la « sous-culture d’une sous-culture ».

 

Je vais donc tenter de résumer brièvement les 10 idées marquantes de son livre (sur 21 chapitres au total, j’ai pris la liberté de tailler dans le vif), afin de les rendre accessibles à d’autres femmes Asperger. J’espère ne pas déformer les propos de l’auteur, mais il y aura nécessairement dans mes explications une part d’interprétation et de subjectivité.

 

 1°) Les talents particuliers et les obsessions

 

Les aspergirls développent des talents particuliers et l’auto-apprentissage est une de leurs forces. Une aspergirl aura peut-être appris à lire seule (l’hyperlexie est courante), à jouer d’un instrument, à parler une langue étrangère ou à devenir une experte en biochimie sans l’aide de personne. Il semblerait aussi que nous ayons des facilités pour focaliser notre concentration, contrairement aux NT qui se laissent distraire plus facilement. Me concernant, j’aurais du mal à parler de « talent », je trouve le mot très fort, mais il est vrai que j’ai beaucoup de facilités pour lire, je lis à une vitesse impressionnante (je n’avais jamais remarqué jusqu’à ce que mon compagnon le souligne), et j’ai une grande capacité de synthèse et de rédaction. J’ai rédigé mon mémoire de Master en 15 jours. Je réalise aujourd’hui seulement que c’est en effet une particularité que tout le monde n’a pas, j’avais plutôt tendance à croire que si mes petits camarades avaient mis deux mois à le rédiger, c’est parce qu’ils ne s’y étaient pas mis « à fond »… J’avais également pris l’habitude lors de mes études secondaires de ne pas aller aux cours que je ne comprenais pas (certains profs/matières étaient incompréhensibles) et de travailler ensuite de mon côté à partir des manuels. J’étais bien plus efficace de cette façon.

 

Ces facilités sont une chance mais elles restent très limitées et ne constituent pas un « talent » en soi. D’autres aspergirls sont capables d’apprendre le violon toute seule et de jouer un morceau simplement après avoir vu quelqu’un le jouer devant elles. Il s’agit là d’un vrai talent.

 

D’autres encore n’auront pas de talent particulier, ça n’est pas une règle d’or.

 

Quant à nos obsessions, elles sont plus discrètes que celles de nos congénères masculins. Nous avons tendance à nous intéresser aux livres, à la musique, à l’art, aux animaux. Tandis qu’un homme Asperger se prendra de passion pour les lignes de métro ou les différents types de trains. Nos passions passent plus facilement inaperçues.

 

Quand j’étais plus jeune, je passais des heures à lire, j’adorais pouvoir me retrouver dans un autre monde et m’inventer une vie différente. Aujourd’hui, je suis surtout centrée sur mes chats qui sont clairement une obsession. Je passe aussi beaucoup de temps à surfer sur les sites des refuges (SPA ou autres) à regarder les descriptifs des chats et des chiens qui recherchent une famille. Et si ma route croise celle d’un chat, je le ramène à la maison (pas forcément pour le garder mais au moins pour essayer de le faire adopter) Essayer de me raisonner ou de m’en empêcher pourrait me faire entrer dans une colère noire.

 

2°) Surcharge sensorielle

 

Nous ressentons tout : les bruits, les odeurs, les lumières trop vives nous agressent. Nous ne pouvons par exemple gérer qu’un son à la fois : si nous parlons au téléphone, il faut que le volume de la télé ait été préalablement baissé. Beaucoup d’aspergirls dorment avec des bouchons d’oreille. Personnellement, j’ai la panoplie complète (masque occultant+boules quiès) et je l’emmène avec moi si je ne dors pas chez moi (c’est tout à fait glamour, d’autant que les bouchons d’oreille sont rarement d’une couleur neutre mais plutôt jaune ou rose fluo).

 

Les sons qui me stressent le plus sont : un bébé qui pleure, une sonnerie de téléphone, une sirène, le son trop fort de la musique (surtout le matin, c’est ingérable), quelqu’un qui élève la voix. Quand je me retrouve chez ma sœur avec les enfants qui crient en courant partout, le bruit de la hotte qui est en fonctionnement, elle qui me hurle quelque chose pour se faire entendre et la radio en fond sonore, j’ai envie de prendre mes jambes à mon cou et de partir au plus vite. C’est insupportable pour moi.

 

Rudy explique également que les grandes surfaces sont nos pires cauchemars. Je dois dire que je la rejoins sur ce point : quand j’étais plus jeune je détestais accompagner ma mère faire ses courses, sans trop parvenir à comprendre pourquoi, et encore aujourd’hui j’ai du mal à me l’expliquer (trop de stimulations ? trop de monde ?)  Je remarque simplement que les choses se passent mieux depuis que j’y vais toute seule : j’imprègne mon propre rythme, je suis concentrée sur ma liste de courses, je connais parfaitement les allées (je prie pour que Carrefour n’ait pas la bonne idée de réorganiser cet hypermarché prochainement), je vais à l’essentiel et en une demi-heure c’est bouclé. Et évidemment à chaque fois que cela est possible je privilégie les petits commerces de proximité.

 

J’aborderai enfin la sensibilité tactile : nous, femmes Asperger, nous habillons pour être à l’aise. Les vêtements dits « féminins » sont nos pires cauchemars  (vêtements moulants et étriqués, talons…). Nous privilégions les matières souples et douces. Et comme, comble du bonheur, nous détestons le froid, en hiver nous pouvons assez vite ressembler à un épouvantail. Je fais mon maximum depuis quelques temps pour m’habiller de façon plus féminine (toujours en privilégiant le confort), mais c’est vraiment un effort de tous les jours, et mon premier réflexe en rentrant chez moi le soir est d’enfiler un jogging en coton. Si William Carnimolla me voyait, je crois qu’il s’arracherait les cheveux. William, si tu me lis, je suis volontaire pour participer à ton émission et apprendre à m’habiller tout en te confiant mes petits tracas quotidiens. On pourrait peut-être aussi proposer à Rudy, je suis sûre qu’on s’entendrait bien tous les trois, et avec nos bizarreries respectives nul doute que nous ferions exploser les records d’audience de M6.

 

3°) Stéréotypies

 

Nos stéréotypies sont diverses et variées : se balancer, se parler, caresser son animal de compagnie, faire tourner des objets, se ronger les ongles, sauter, faire les cent pas… Certaines se remarquent plus que d’autres. Ce sont pour nous des soupapes de sécurité, elles nous permettent de relâcher la pression, et même si nous sommes capables de supprimer certains comportements et de les remplacer par d’autres, plus « socialement acceptables », il serait néfaste de tenter de nous les enlever. Nous en avons besoin.

 

Je pensais ne pas avoir de stéréotypies (selon ma vision des choses, les stéréotypies étaient nécessairement flagrantes, comme se taper la tête contre les murs ou se balancer sans cesse) et je me suis évidemment trompée.  Je me gratte. Tous les jours que Dieu fasse. Je me gratte le cuir chevelu, le visage, le dos. A l’adolescence, je me grattais tellement que j’avais le dos en sang. Combien de fois j’ai entendu de la bouche de mes parents : « Arrête de te gratter ! ». C’est assez terrible mais heureusement peu flagrant et facilement contrôlable en public. Autre stéréotypie : je serre les poings et j’insère le pouce à l’intérieur de ma main, en exerçant une pression. Je fais ça sans même m’en rendre compte, en marchant, en réfléchissant, en regardant la télé.

 

Evidemment, nos « bizarreries » peuvent être pointées du doigt par notre entourage dès notre plus jeune âge, causant en nous un fort sentiment de honte et de culpabilité. « Mais arrête, pourquoi tu fais ça ? » ou encore « Fais des efforts un peu, intègre-toi ! ». Evidemment, nos comportements obsessionnels, notre immaturité émotionnelle, notre besoin de tout contrôler, notre peur du changement et j’en passe ne sont pas perçus comme des symptômes mais sont autant de jugements portés à notre égard. Nous semblons intelligentes, nous devrions donc être capables de mieux faire, de nous contrôler, de faire des efforts. Je dirais que c’est une des principales difficultés des aspergirls : nos difficultés sont réelles, évidentes, mais passent inaperçues aux yeux des autres ce qui cause de nombreuses incompréhensions et des remarques déplacées, entachant ainsi une confiance en nous déjà toute relative.

 

4°) Confusion des genres

 

Ce que la société attend de nous en tant que femme nous passe au-dessus de la tête, car nous ne nous identifions pas à notre genre. Nous sommes une « personne » avant d’être une femme et avons tendance à être androgyne. Nous ne sommes pas naturellement féminines, c’est un aspect que l’on doit (si on le souhaite) travailler. Personnellement je me suis toujours mieux entendue avec les hommes en général, et je suis révoltée par certains clichés véhiculés allègrement par la société. Je rêve d’une pub pour un détergent mettant en scène un homme avec un tablier rose en dentelle et des gants Mapa assortis, tout en sourires et en délicatesse. Quant à ma féminité… je vous l’ai déjà dit, cela me demande beaucoup de travail d’être féminine, j’essaye de faire des efforts principalement pour mon couple… et de m’écraser au restaurant quand le serveur vient prendre notre commande (chhhut Pépette, c’est l’homme qui doit parler !). Mais ça n’est pas gagné.

 

5°) Puberté et mutisme

 

L’arrivée des règles déclenche une tornade hormonale qui peut être à l’origine d’une très grande confusion pour les aspergirls qui le vivent comme une intrusion dans leur enfance plutôt que comme un passage attendu au statut de « femme ». Rudy explique qu’à cette même période les aspergirls peuvent commencer à avoir des périodes de mutisme. Il semblerait que le cerveau se bloque et que l’on soit alors dans l’incapacité totale de parler. J’imagine la panique totale dans laquelle l’on doit se trouver quand cela arrive ! Personnellement, je n’ai jamais vécu une telle expérience.

 

6°) Cohabitation

 

L’endroit où nous vivons est sacro-saint. Mon appartement est mon cocon. Je passe beaucoup de temps à ranger et à faire le ménage pour m’y sentir bien. J’ai le contrôle sur tout ce qui s’y passe, toutes les stimulations éventuelles (sons, odeurs, textures etc). C’est mon coin de paradis. J’y passe tout mon temps libre.

 

Cela peut être un vrai challenge pour nous aspergirls de cohabiter avec notre compagnon, et en même temps c’est une formidable opportunité pour nous pousser à aller plus loin et à nous dépasser. Je sais qu’en vivant seule, j’aurais tendance comme toujours à me renfermer encore plus sur moi-même, tandis qu’en vivant à deux je suis bien obligée de faire l’effort de sortir de l’appartement, d’échanger, etc.

 

Trouver quelqu’un qui nous accepte et qui sache nous valoriser et nous rassurer quand nous nous effondrons n’est pas chose aisée. Pour autant, nous ne devons pas nous contenter du scénario le « moins pire possible ». Je pense qu’il y a des hommes qui sont capables de ne pas nous juger, de ne pas nous critiquer à tout bout de champ, et d’apprécier nos valeurs, notre sincérité, nos excentricités. Si vous êtes avec quelqu’un qui aime sortir et qui privilégie la superficialité à la profondeur, qui attend d’une femme qu’elle soit socialement très active, capable de mener de front plusieurs vies et d’être disponible à tout instant, votre relation risque d’être tendue. Il faut une certaine dose de compréhension et de tolérance pour être avec une aspergirl, surtout lors des dépressions et des effondrements psychiques (je traduis ainsi le terme « meltdown » que Rudy utilise, espérant retranscrire au mieux sa pensée).

 

7°) Etre mère

 

En tant qu’aspergirl, être mère prend une toute autre dimension. Cela suppose de renoncer à notre tranquillité et à notre solitude et de lâcher du lest sur notre besoin de tout contrôler. Il sera attendu de nous que nous participions à des évènements sociaux (réunions de parents d’élèves, participation à la kermesse de l’école, blabla à la sortie de l’école etc.) et que nous soyons moins centrée sur notre propre personne (il faut savoir faire passer ses besoins au second plan… dur dur). Certaines rêvent de fonder une famille et s’épanouiront en tant que mère, d’autres ne l’envisagent même pas. Il revient à chacune de faire son propre choix en toute connaissance de cause, sans culpabilité.

 

Ceux qui ont lu l’article « No kid » le savent, je n’ai jamais été attirée par la maternité. Je comprends aujourd’hui que le syndrome joue un rôle prépondérant dans ma façon d’appréhender les choses.

 

8°) Rituels et routines

 

Les aspergirls étant intelligentes, créatives, et même parfois volubiles et sociables, il est facile d’oublier qu’elles sont atteintes du syndrome, et qu’il s’agit avant tout d’une forme d’autisme. Alors par pitié, laissez-nous contrôler notre intérieur, laissez-nous organiser nos vêtements par couleur, laissez-nous manger la même nourriture tous les jours ou faire les mêmes choses exactement à la même heure. Si cela nous rassure, où est le problème ? Nous avons besoin de nos rituels et de nos routines, qui, comme nos stéréotypies, nous rassurent et minimisent notre confusion.

 

J’essaye de faire beaucoup d’efforts pour être plus « souple » mais j’aime que les choses soient organisées à ma manière et que chaque chose soit à sa place. Je vais toujours dans les mêmes commerces, j’emprunte toujours le même chemin pour aller au travail, je risque de perdre tous mes moyens si lorsque je suis en voiture ma route est déviée (alors même que  mon GPS est allumé et que je ne risque pas de me perdre), j’aime organiser mes activités à l’avance, je déteste les surprises et les évènements inattendus (surtout s’il s’agit d’évènements sociaux « tiens ce soir on est invités chez les Martin ! » C’est inenvisageable ). Si je dois me rendre dans un endroit que je ne connais pas, je vais visualiser mon chemin sur Mappy, regarder sur Google Earth à quoi ressemble ma destination, et prendre soin d’enclencher mon GPS qui ne me quitte jamais, non sans une pointe d’appréhension tout de même. Et encore, je me suis beaucoup améliorée !

 

9°) Dépression et effondrement psychique

 

Nous faisons face à de nombreux challenges : il est plus difficile pour nous d’obtenir et de maintenir un emploi, d’avoir une relation amoureuse satisfaisante, des amis. Attention, aspergirls, la dépression nous guette.

 

Rudy différencie dans son livre les « temper meltdowns » des « depression meltdowns ». Les temper meltdowns ne durent pas longtemps (quelques heures, quelques jours tout au plus) tandis que les depression meltdowns durent des jours voire des semaines. Les déclencheurs sont multiples : un changement de dernière minute, une surcharge sensorielle, ou même une rupture amoureuse ou une critique à notre égard. Rudy décrit son propre vécu : elle explique qu’elle a l’impression d’avoir été frappée avec une batte de baseball, elle a la tête qui tourne, et cela annonce le début de la fin. Après cela, elle peut pleurer pendant des jours entiers, en ayant le sentiment que rien ne sera plus jamais comme avant, qu’elle ne parviendra plus à sortir de cet état. C’est une spirale négative qui s’enclenche.

 

Je n’ai jamais eu de depression meltdowns, seulement des temper meltdowns qui durent une semaine au maximum. Et il y a une différence majeure avec la description que Rudy en fait : mes temper meltdowns s’accompagnent rarement de violence (physique ou verbale) et il ne m’est pour l’instant jamais arrivé de les vivre en public. Je craque toujours chez moi.

 

Le dernier épisode remonte à quelques jours. J’ai trouvé il y a 10 jours un chat dans la rue, que je n’ai évidemment pas pu m’empêcher de ramener chez moi. Je l’ai amené chez mon vétérinaire qui m’a confirmé qu’il n’était pas identifié. J’ai mis des affiches dans tout le quartier (200 au total) en espérant que ses maîtres le réclameraient et qu’il n’avait pas été mis dehors volontairement à l’approche des vacances. Personne ne l’a réclamé. Ayant déjà 3 chats chez moi, je ne pouvais pas le garder. J’ai dû me résoudre à le déposer à la SPA. Je sais qu’il est bien traité là-bas, mais cela m’a fendu le cœur. C’est un chat tout peureux, et très câlin, qui a besoin d’être rassuré et qui a peur de ses congénères. Je ne vois pas trop bien comment il pourra trouver sa place dans la chatterie bondée de la SPA. Sur le chemin de l’allée, il pleurait dans sa cage de transport, en me regardant. Ça m’a fendu le cœur. J’ai pleuré comme une madeleine quand ils l’ont mis dans une cage, et en arrivant chez moi j’ai complètement craqué. J’ai pleuré toute l’après-midi, j’avais la tête dans du coton et l’impression d’être au plus mal. J’ai maudit le monde entier, j’ai maudit ses anciens maîtres, et j’ai commencé à descendre dans mon trou noir, à me dire que je ne pourrais jamais m’adapter à un monde aussi cruel, que je n’étais bonne à rien, que j’aurais dû le garder malgré tout, que j’étais nulle etc etc. En rajoutant par-dessus ça le fait que la reprise approche et que j’appréhende énormément le retour à mon travail… Je vous laisse imaginer l’état dans lequel j’étais. Ce type de réaction est évidemment excessif, mais il m’est totalement impossible de me maîtriser. Il vaut mieux que ça « sorte » une bonne fois pour toutes, car sinon je rumine pendant des jours et je finis quand même par exploser.

 

Il suffit de peu de choses pour déclencher chez moi des pensées négatives et une période de grande fatigue. C’est réellement cyclique, en ce qui me concerne. J’alterne des phases de « créativité » pendant lesquelles je suis en forme, je mange sainement, je fais un peu de sport, j’arrive à travailler, à aller faire mes courses, je donne libre cours à mes obsessions du moment, j’écris, je parviens à être sociable, à avoir des projets… avec des phases de « destruction » pendant lesquelles je ne peux plus sortir de chez moi, je n’ai plus la force de me faire à manger ou d’aller travailler, je passe mes journées à regarder la télé avec quelques crises de larmes ponctuelles, j’annule les rendez-vous que je pouvais avoir (persos ou autres), je ne suis plus capable de voir personne et d’affronter le monde extérieur. Mes phases de destruction ne sont pas franchement prévisibles, parfois elles sont déclenchées par un évènement en particulier, parfois elles surviennent sans raison. Mon réveil sonne, et je sais à cet instant précis que mon énergie m’a abandonnée et que je n’aurai pas la force de faire face.

 

Là encore, j’ai beaucoup d’admiration pour nos compagnons qui supportent ces phases difficiles et qui parviennent à nous remonter le moral et à ne pas perdre leurs moyens. Il est primordial d’avoir à nos côtés un « roc » qui saura relativiser et nous aider à remonter la pente.

 

10°) Couper les ponts

 

J’ai traduit ainsi l’expression « burning bridges ». L’auteur explique qu’il nous arrive souvent, quand notre travail ne nous convient plus, que notre relation n’est plus satisfaisante, que nous avons la sensation de ne plus nous retrouver dans une ville ou dans un pays, de « couper les ponts ». Nous balançons tout à la poubelle et recommençons à zéro, souvent sur un coup de tête. Il m’est arrivé d’avoir ce comportement avec mes « copines-paravent » lorsqu’elles me décevaient. J’étais capable de les zapper de ma vie du jour au lendemain. J’ai également quitté mon premier emploi de façon assez soudaine, après seulement 9 mois de bons et loyaux services. Je pense que je ne suis pas à l’abri d’avoir envie de changer totalement de vie et de partir ailleurs, dans un autre pays, entourée de vaches, de moutons et de chiens.

 

Cela peut parfois nous être bénéfique, certains environnements et certaines relations ne nous apportent rien de bon. Mais dans d’autres cas, mieux vaut y réfléchir à deux fois, surtout avant de quitter son emploi, au risque de se retrouver (encore) dans une situation précaire.

 

Voilà, chères aspergirls, ce que j’ai retenu du livre de Rudy, qui m’a apporté une vraie bouffée d’oxygène car il m’a aidée à positiver et à valoriser les aspects positifs du syndrome. Car même si je suis chaque jour un peu plus consciente des difficultés qui jalonnent ma vie à cause du syndrome (et notamment des difficultés professionnelles), j’essaye de ne pas perdre de vue mes qualités et la chance que j’ai d’avoir été diagnostiquée jeune, sans trop de difficultés. Cela va me permettre d’adapter ma vie au syndrome, plutôt que d’essayer vainement de m’adapter à une vie qui ne me convient pas.

 

Evidemment, si votre niveau d’anglais vous le permet, je ne peux que vous conseiller de le lire. Il y a probablement certains éléments qui ne m’ont pas semblé essentiels et dont je n’ai pas parlé qui pourraient vous éclairer.

 

Quant à moi, j’appréhende l’annonce à ma famille, car je sens que je vais devoir les convaincre du bien-fondé du diagnostic (toi ?? asperger ?? c’est une caméra cachée ?). Je ne sais même pas encore si je vais être capable de le leur expliquer. Peut-être que je vous en parlerai dans un prochain article !

 

D’ici là, bonne reprise, bonne rentrée, bon courage à toutes et à tous.

 

 

PS : je vous invite à consulter la traduction du tableau extrait du livre de Rudy Simone reprenant les caractéristiques des aspergirls sur le forum d'Asperansa 

 

 

 

 

 

 

 

(1)  http://autisme.info31.free.fr/?p=794

 

 

Rajout au 15/03/2013 : le livre est sorti en français, vous le trouverez sur Amazon 

 

 

Rajout au 15/07/2013 : Document à lire si vous pensez être à l'extrêmité invisible du spectre autistique

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Published by emoiemoietmoi - dans Asperger
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commentaires

Spoppins 06/07/2017 17:41

Bonjour,
Je ne sais pas de quel ordre sont mes difficultés, mais j'ai lu ton article et pleuré à chaudes larmes sur toute la seconde partie. C'est rassurant d'avoir des gens qui nous ressemblent, quelque part. :)

Vivi 18/05/2017 00:03

J'ai lu l'article par curiosité ...Moi qui pensait que c'est parce que je suis Verseau Ha!Ha...Je suis totalement ébranlée :(

Julie 14/05/2017 20:09

Bonjour Julie,

Merci beaucoup pour cet article sur les spécificités des aspergirls, je me reconnais en effet bien plus dans ce que vous décrivez que dans les descriptions générales. Il me semble comprendre à quel point je me plante sur ce dont j'ai réellement besoin dans mes tentatives pour mettre un pied devant l'autre au quotidien et pour survivre socialement... Et je comprends mieux pourquoi il ne semble y avoir que moi à me trouver anormale.

Bonne continuation - j'espère que votre film verra le jour, au fait !

Julie

alexandra schenke 29/01/2017 01:01

Bonjour,
Quelle démarche avez-vous faites pour obtenir votre diagnostique , CRA ? Neuropsy ?
Merci de votre réponse !

Cristina 21/01/2017 22:10

Bonjour (bonsoir chez vous),

Je sais depuis toujours que je suis quelque chose d'autre que neurotypique. J'ai des doutes d'asperger depuis au moins 5 ans, mais maintenant j'ai entamé les démarches pour avoir mon dx. Ceci afin de pouvoir mettre les bons mots sur mes comportements et peut-être éventuellement travailler mon estime de moi.
J'ai lu quelques extraits du blog et j'ai aimé lire votre avis sur la résilience des Aspergers. Je me faisais la même reflexion dernièrement.
Merci d'avoir pris le temps de créer un blog et d'y avoir synthétiser cette version féminine de l'Asperger.
C'est rassurant de trouver des semblables, mais aussi de pouvoir affirmer maintenant que je suis Asperger, même sans avoir mon dx encore. Je dis souvent que je n'ai pas besoin de regarder mes papier d'identité pour savoir mon nom et son orthographe.

Sincèrement,

Cristina (37 ans cohnitif/3 ans affectif ;) )

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