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23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 12:22

    biological-clock-vibrator-copie-1 

 

Aujourd’hui, j’ai décidé de faire mon coming-out. Je vais sortir du placard. Non non, ne me retenez pas, j’y vais. Je me lance. Bon. Allez. On respire. On prend son courage à deux mains. Au moins, je suis protégée par mon écran, personne ne pourra me jeter de tomates. Je suis forte. Je suis the best. Je suis au top. Et…

 

Je suis childfree.

 

Ouuuuf. Voilà, c’est dit ! Ça n’était pas si dur que ça finalement. C’est presque sorti tout seul. Et je suis toujours en vie! En général, quand je dis ça, je me fais lapider verbalement par mon interlocuteur. C’est l’avantage d’internet, on peut être polémique sans risquer de mourir sur le bûcher du jugement social.

 

Alors voilà, cher lecteur, j’ai 27 ans, je suis normalement constituée, relativement équilibrée, mais sans désir de reproduction. Et le pire dans tout ça, c’est que je le vis plutôt très bien.

 

Ce qui m’enquiquine, c’est le regard des autres. En France, seules 10% des femmes n’auront pas d’enfants au terme de leur vie (qu’elles soient childfree ou childless1), tandis qu’à titre de comparaison en Allemagne de l’Ouest elles sont 29% 2 ! Si je peux comprendre l’étonnement que suscite mon choix de vie auprès de mes concitoyens, peu habitués à rencontrer des phénomènes de foire comme moi, je ne peux plus accepter l’intolérance et le jugement qu’il provoque. Voici pêle-mêle les réactions auxquelles j’ai droit :

 

- « Tu es égoïste ». Argument choc s'il en est. Je n'ai plus qu'à ferme mon clapet et jeter ma plaquette de pilule à la poubelle pour prouver que je ne suis pas un monstre. Sauf que...  Il faudra que l’on m’explique un jour en quoi faire des enfants est une preuve d’altruisme puisque dans le top 3 des réponses données par les sondés à la question « Pourquoi fait-on des enfants » 3 on trouve :

1°) Un enfant rend la vie de tous les jours plus belle, plus joyeuse,

2°) Faire un enfant permet de faire perdurer sa famille, de transmettre ses valeurs, son histoire,

3°) Un enfant donne de l'affection, de l'amour et permet d'être moins seul quand on vieillit.

En gros on fait un enfant pour rendre sa vie plus fun (on pourrait en débattre !), pour perpétuer la lignée, pour être moins seul et se sentir aimé. Toutes les raisons sont centrées sur le propre plaisir des parents. En plus d'être égoïste et illusoire, c'est un sacré poids sur les frêles épaules des bambins. 

 

- « Tu finiras bien par changer d’avis, ta fibre maternelle va se réveiller ». Et si je ne change pas d’avis, c’est si grave que ça ? Pourquoi ça rassure tout le monde de penser que je vais « rentrer dans le moule » ? Quant à cette notion de « fibre maternelle », Elisabeth Badinter a déjà démontré que l’amour maternel n’était pas forcément instinctif : « Au lieu d'instinct, ne vaudrait-il pas mieux parler d'une fabuleuse pression sociale pour que la femme ne puisse s'accomplir que dans la maternité? »4

 

- «Tu n’as pas d’enfant tu ne peux pas comprendre ». Ça me fait penser à ce qui aurait pu être dit à un homosexuel il y a encore quelques années « Tu n’as jamais couché avec une femme, tu ne peux pas savoir ». Certes. Mais si l’envie n’est pas là, la question ne se pose même pas. Si Rodrigo n’a pas envie de coucher avec une femme, ça veut tout dire, non ?

 

- « Tu vas le regretter ». Je ne vais pas faire quelque chose dont je n’ai pas envie aujourd’hui sous prétexte que je risque de le regretter plus tard.

 

- « Tu n’es pas réellement une femme tant que tu n’as pas donné la vie ». Ben tiens. On va me sortir aussi qu’on ne peut pas être réellement « entier » tant qu’on n’a pas trouvé sa moitié ? Je plains les célibataires sans enfants, qui ne sont que le quart d’une moitié, les pauvres.

 

- « Les enfants, ça donne un sens à ta vie ». Aouch. J’ai vraiment besoin de commenter, là ?

 

- « Tu es trop pessimiste ». Non, je ne crois pas. La vie n’est pas toujours rose, et aujourd’hui on ne peut plus dire à son enfant « Travaille bien à l’école et tu seras à l’abri du besoin ». Quand on voit le monde dans lequel on vit il y a de quoi se poser des questions : précarité, travail salarié aliénant et vide de sens, difficultés à trouver un logement décent (et encore plus à devenir propriétaire), pollution, réchauffement climatique, terrorisme, disparition des espèces animales, raréfaction des ressources… Je plains sincèrement les futures générations à qui nous allons léguer un monde qui marche sur la tête.

 

- « Et sinon avec tes parents, ça va ? Tu as déjà pensé à consulter? ». Ca va, merci. Par contre toi tu sembles assez doué pour la psychologie de comptoir, tu as déjà pensé à te reconvertir?

  

- « Mais…pourquoi ???! », avec un air ahuri. Mais et toi, pourquoi tu en fais ? « Ben c’est normal, c’est naturel ». Mais encore ? « Ben c’est normal quoi ! ». Ah ok. Si les raisons de faire des enfants sont obscures, c’est parce que faire un enfant relève plus de l’ordre de l’affect et du normatif que de la raison5. On fait un enfant parce qu’on en a envie et parce que « c’est comme ça », rarement après avoir fait la liste des avantages et des inconvénients.

 

Et le clou du spectacle, les rares fois où je prends la peine d’expliquer calmement mes raisons :

 

- « Si on réfléchit trop dans la vie on ne fait jamais rien ». Gni ?? Je ne sais pas pour vous, mais moi je crois qu’on ne réfléchit jamais « trop », et que la réflexion n’entraîne pas l’immobilisme, simplement une prise de décision…réfléchie ! Surtout en ce qui concerne un sujet aussi important que la mise au monde d’un être humain !

 

Alors, non, je ne déteste pas les enfants (loin de là !), non, je ne déteste pas ceux qui en font. Je partage avec bonheur leur joie et m’extasie sincèrement devant leur progéniture. J’aimerais simplement que l’on respecte un choix de vie qui ne regarde que moi et qui, en théorie, ne devrait déranger personne !    

 

Faire un enfant, c’est un choix personnel, et non une obligation collective.

 

Pour ma part, je tiens à ma vie telle qu’elle est, et je la trouve déjà suffisamment compliquée en l’état, ça n’est pas la peine d’en rajouter une couche. Parce que non un enfant ça n’est pas que du plaisir et du fun, c’est beaucoup d’inquiétudes, de fatigue, de responsabilités, qui, comble du bonheur, incombent aux femmes. Car, pardon messieurs, mais on ne peut pas vraiment dire que la parité homme-femme soit une réalité. Si les hommes savent désormais changer une couche et préparer un biberon, ils ne vont pas pour autant sacrifier leur carrière pour passer plus de temps avec leurs enfants. En moyenne, les femmes passent trois fois plus de temps que les hommes à faire le ménage, la cuisine, les courses ou s’occuper du linge et deux fois plus à s’occuper des enfants6. Et pour ceux/celles qui pensent encore qu’avoir un enfant c’est pump-it-up-paillettes, sachez que quand une chroniqueuse du Chicago Sun times a demandé dans les années 1970 aux parents s’ils referaient le choix de la parentalité en sachant ce qu’ils savaient, 70% ont répondu par la négative7. Une enquête plus récente souligne que 13 % des parents en Belgique regrettent d’avoir eu des enfants8. On est tout de même bien loin de l’image de la carte postale.

 

Un autre élément, qui donne matière à réflexion : Freud aurait décrété à une jeune mère  « Madame, quoi que vous fassiez, vous ferez mal!». Je ne suis pas une adepte de Freud mais là je dois dire qu’il a vu juste. Etre parent ça n’est pas inné, ça s’apprend, c’est un travail de tous les jours, et malgré toute notre bonne volonté on ne peut que faire subir à l’enfant nos névroses, nos problèmes, notre rythme de vie effréné. Alors certes, un nouveau courant de pensée voit le jour, il faudrait désormais lâcher du lest et assumer fièrement d’être une « mère indigne » ou « mère médiocre ». C’est carrément un phénomène de mode. Mais… et l’enfant dans tout ça ? Je ne vois pas trop l’intérêt d’en avoir un si c’est pour le voir 5 minutes le soir le temps de lui lire une histoire et avoir allègrement recours au TV-sitting et aux nuggets-frites.     

 

Quant à la grossesse et à l’accouchement… Rien que d’y penser, j’ai des frissons partout. L’épisiotomie suffit à elle seule à me détourner de la voie de l’enfantement. Je crois que pour les non-avertis une petite définition Wikipedia s’impose : "L'épisiotomie est un acte chirurgical consistant à ouvrir le périnée au moment de l'accouchement afin de laisser passer l'enfant. Cette incision a idéalement pour but de sectionner le muscle élévateur de l'anus." En France, une femme sur deux subit une épisiotomie quand elle accouche par voies naturelles.

 

Copie_de_Medio-lateral-episiotomy.png

 

Sympa, non ?

 

Je rationnalise, j’explique, j’argumente… Mais en fait la raison ultime, celle qui supplante toutes les autres, c’est l’absence d’envie, vous l’aurez compris. L’absence d’envie d’enfant et le trop plein d’envies multiples :  j’ai envie de pouvoir aller en vacances en dehors des périodes scolaires et ailleurs qu’au Club Med, j’ai envie d’avoir du temps pour moi (plutôt que de devoir courir le soir chercher les bambins, faire les devoirs, donner le bain, préparer à manger…), j’ai envie de pouvoir prendre la décision d’aller au cinéma au dernier moment, j’ai envie de continuer à faire des grasse mat’, j’ai envie de privilégier ma vie de couple (90% des couples vivent une baisse de leur bonheur conjugal dès la naissance de leur premier enfant9), j'ai envie d'avoir des conversations téléphoniques sans avoir à m'interrompre toutes les deux minutes pour demander à Justine de-remettre-ta-culotte-s'il-te-plaît-merci (voir l'excellent sketch de Foresti ici), j’ai envie de pouvoir profiter du silence quand je rentre chez moi le soir, j’ai envie d’être LIBRE. Libre de faire mes choix.

 

Mais il semblerait qu'en France au XXIè siècle la liberté ait un prix… Celui de l’exclusion sociale.

 

 

1 Childless désigne les femmes ne pouvant pas avoir d'enfant, et childfree celles ne désirant pas en avoir

2 Jean-Paul Sardon, « évolution démographique récente des pays développés », population, n°1 (janvier-mars 2002)

3 Sondage réalisé par TNS-Sofres du 2 au 5 janvier 2009 sur un échantillon national représentatif de 1000 personnes

4 Elisabeth Badinter, L'amour en plus

5 Elisabeth Badinter, Le conflit la femme la mère, p 22

6 http://www.inegalites.fr/spip.php?article245

7 Chicago sun times, 29 mars 1976

8 http://www.rtl.be/loisirs/detente/societe/737450/13-des-parents-regrettent-d-avoir-des-enfants

9 http://www.rtl.be/pourlui/article/La-naissance-du-premier-enfant-nuit-a-la-sexualite-de-90-des-couples-103142.htm

 

fauteuse2

 

A tous ceux que le sujet intéresse et qui ont envie de dé-cul-pa-bi-li-ser avec humour je conseille l'excellente BD "Et toi, quand est-ce que tu t'y mets?" de Madeleine Martin, Véronique Cazot, ainsi que l'ouvrage "No kid - Quarante raisons de ne pas avoir d'enfant" de Corinne Maier (elle-même mère de deux enfants...).

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commentaires

Sandra 03/02/2018 00:33

Merci. Du fond du coeur, merci de faire entendre ta voix sur le sujet. Ca me réchauffe le coeur de savoir que je ne suis pas la seule à penser ainsi.

Beaucoup ne se rendent pas compte des énormités qu'ils peuvent sortir quand quelqu'un dit qu'il ne veut pas avoir d'enfant et pensent ne jamais en avoir. Beaucoup d'incompréhension. Et beaucoup de "Mais non, tu verras !". Personnellement, je trouve ça autant blessant à chaque fois, car même si je réalise que ce n'est pas fait pour vexer, j'ai toujours l'impression que même si je suis adulte, on me rappelle que je suis encore jeune, que les autres savent mieux que moi et que "t'inquiètes t'as tort mais je te pardonne car tu changeras d'avis sisi je te jure". C'est usant de devoir relever à chaque fois que quelqu'un dit "Quand tu auras des enfants" au lieu de "Si tu auras des enfants".

C'est usant aussi de devoir se justifier à chaque fois, car on ne demande jamais à quelqu'un qui veut des enfants pourquoi il en veut. Et puis, j'sais pas, je trouve ça très personnel. Parce qu'on a tous nos propres raisons de vouloir ou non des enfants, des raisons parfois très personnelles qu'on n'a pas envie d'évoquer devant tout le monde parce que ça regarde que soi - et la personne avec qui on est en couple, mais c'tout.

Et puis je trouve ça triste que beaucoup ne se posent pas de questions et font un enfant car ils considèrent que c'est le schéma de base. Ca donne l'impression que certains font des enfants sans se demander s'ils en veulent vraiment. Perso, j'ai du mal à saisir tant je trouve qu'un enfant implique de responsabilité, d'amour, de temps, d'investissement et j'en passe. Ca ne devrait pas être quelque chose de normal ; ça devrait être une décision réfléchie. Parce que non, y'a aussi plein d'autres façons de concrétiser son amour et son couple que de faire un enfant : c'est uniquement le schéma de base qu'on voit partout.

Sinon, dans les réponses des autres, récemment on m'a sorti "Mais avoir des enfants ça permet de rendre le monde meilleur et de trouver un sens à sa vie !" (...) Sans commentaires. x)

Enfin bon, je m'emballe : c'est un sujet qui me tient à coeur. Bref. Merci encore pour ce partage. En tout cas, courage ; qui sait, peut-être que les gens arrêteront de nous dévisager un jour, haha.

No kids 20/01/2018 23:55

Je suis une femme de 35 ans en couple depuis 7 ans. Jusqu' à 2/3 ans, je n'excluais pas l'idée d'avoir des enfants, tout en reculant toujours la décision.
Avec le temps j'ai appris à me libérer de mon conditionnement traditionnel et religieux (famille ultra catho) et j'ai réalisé que pouvais inventer ma vie et non reproduire ce que l'on m'avait inculqué. Les religions sont basées sur des chimères et légendes qui suivient les infuences et les peurs de peuples et cultures diverses. Chacun est libre d'y croire mais il ne me semble pas être une obligation de se multiplier à outrance et de faire vivres des générations de plus en plus entassées les unes sur les autres se partageant de moins en moins de ressources.
Aussi bien ma famille que mes amis ne me comprendront pas alors je n'en parles pas, j'élude, je suis forte pour ne pas répondre mais en me rapprochant de la quarantaine, je sais que je serai de plus en plus "celle qui n'a rien compris à la vie". Ma plus grande crainte est de voir mes amis se desinterreser de moi parce que je n'ai pas d'enfant comme eux. Ils pensent encore que je vais avoir une revelation. Quant à ma famille, je ne me fais aucune illusion. Nous ne sommes ni égoistes, ni narcissiques, ni snobs, ni stériles, ni desquilibrés, ni dingues du travail, ni revoltés, ni depressifs. Nous aimons l'imagination et les activités en tout genre. Chacun a fait appel à son sens critique afin d'elaborer sa vérité.

Yu 06/11/2017 09:22

Tu habite en campagne alors qu'il y a tout en ville,
Tu prends un chat alors que le chien est fidèle,
Tu loue alors que tu pourrais investir dans une maison,
Et en plus tu ne fais pas d'enfants

Bah oui tout est une question de choix. Nous avons tous des envies différentes, dommage que certains ne le comprennent pas. Je suis Childfree aussi, pareil pour mon mari. Ma belle-famille me critique et pas qu'un peu. Mon mari non, c'est la femme qui est censé en avoir envie, et si c'était le cas le mari suivrait. C'est pas un peu irrespectueux envers lui ?!
Je ne dis pas aux gens de ne pas en faire, pourquoi doivent-ils nous dire d'en faire ?

ps : "Tu vas changer d'avis plus tard" je peux savoir pourquoi cette question n'est pas plutôt poser à ceux qui veulent des enfants ? C'est eux dont la vie va être chambouler.

Ruben 11/09/2017 13:04

Tout à fait d'accord avec le commentaire de Julian ci dessous. Moi aussi, je suis dans le même cas, papa depuis 2 ans, et pourtant je n'ai jamais eu "ce désir d'enfant" dont tout le monde (ou presque parle), ma femme si par contre...Vous n'avez evidemment pas à vous justifier du choix de non parentalité, il est honnête et respectable. Bien plus honnête et respectable que le choix de ces armées de parents qui font le choix d'être parents par conformisme social ou familial ou pire pour toucher des allocs ou ne pas être seuls à leurs vieillesse. Si avoir des enfant srendait heureux à tous les coups, ça se saurait, c'est dans les pays les plus pauvres et les moins développés que la natalité explose, peut on dire pour autant que les hommes et femmes d'Afrique et d'ailleurs ont un sort plus enviables que les allemands ou les japonais qui ont une démographie atone? Faire des enfants sans désir profond et sans avoir les capacités financières et intellectuelles de les élever dignement est irresponsable et égoiste car c'est la société qui en paie le prix. Sans parler que la population mondiale est passée de plus d'1 milliards d'humains en 1850 à 7 milliards en 2011. Au final, on peut même dire que ce sont ceux qui font des enfants qui sont d'un certain point de vue les plus égoistes...

Lizzie Mary 03/09/2017 19:57

merci,
Je me suis retrouvée dans tes mots et je me sens un peu moins seule

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