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5 octobre 2013 6 05 /10 /octobre /2013 13:03

Depuis plusieurs mois déjà, je résiste à l’envie de traiter ce sujet polémique. D’autres l’ont fait avant moi, bien mieux que je ne pourrai jamais le faire (cf l’excellent documentaire de Sophie Robert « Le Mur : la psychanalyse à l’épreuve de l’autisme »). Je ne voyais donc pas l’intérêt de remettre de l’huile sur le feu.

Et puis la réalité m’a rattrapée, de façon assez brutale. J’ai été informée qu’en 3è année de licence à la faculté de psychologie de ****, un « professeur » a récemment enseigné à ses élèves que :

  • « L’autisme est la forme ultime de schizophrénie »
  • « L’autisme c’est l’auto-érotisme »

 

Face à de telles absurdités, mon sang n’a fait qu’un tour et j’ai réalisé qu’il n’était finalement pas inutile d’en remettre une petite couche.

 

Vérité n°1 : L’autisme n’est pas une psychose, c’est un TED.

 

Avant les années 80, par méconnaissance, l’autisme était effectivement classé dans la catégorie des « psychoses » dans les manuels internationaux de type DSM ou CIM. Depuis les années 80, la science a permis d’apporter un nouvel éclairage sur le sujet, ce pourquoi l’autisme a été reclassé parmi les Troubles Envahissants du Développement. Nier cette évidence c’est faire fi des manuels de classification officiels, ce qui, pour un praticien, est inacceptable.

Et c’est tout aussi aberrant que d’affirmer que la Terre est plate.

 

« Moui en théorie dans les manuels l’autisme est un TED mais bon cela ne tient pas compte de l’apport de la psychanalyse, donc comme je suis psychanalyste, je vais considérer que votre autisme est une forme de schizophrénie et vous prescrire des médocs parfaitement inutiles et dangereux. Voilà, bisous »

 

Si un praticien vous dit que votre enfant souffre de « psychose infantile », de « schizophrénie », de « dysharmonie psychotique » ou « dysharmonie évolutive »,  de « dépression de l’enfant » : prenez votre gamin sous le bras, vos jambes à votre cou et FUYEZ ! Orientez-vous vers le Centre de Ressources Autisme de votre région, qui sera à même de poser le bon diagnostic.

 

Vérité n°2 : L’autisme a une origine biologique. Il n’est pas lié à des « facteurs environnementaux » (comprendre : à une relation mère-enfant déficiente)

 

Nier cette réalité c’est nier les centaines de recherches qui ont lieu sur le sujet. (cf le Congrès international sur la recherche sur l’autisme qui a eu lieu en Espagne en mai 2013) On comprend de mieux en mieux les causes génétiques et neurobiologiques de l’autisme. Il y a notamment plus d’une centaine de gènes impliqués dans l’autisme ainsi qu’une très grande hétérogénéité génétique : parmi les gènes qui mutent, il y en a très peu qui sont les mêmes chez tous les enfants. Les chercheurs comprennent de mieux en mieux comment ces mutations modifient la mise en place des réseaux neuronaux (synapses). La recherche en la matière est donc particulièrement riche et active : informez-vous !

 

Vérité n°3 : Freud est un imposteur.

 

La France est, avec l’Argentine, le pays le plus freudien au monde. Dans l’Europe du Nord et dans les pays anglo-saxons, la psychanalyse n’est quasiment plus enseignée en fac de psycho mais plutôt en lettres et en philo ( !).

 

Il a été démontré que les cas de Freud et ses fameuses « guérisons » étaient complètement bidons. Les historiens ont pu identifier les patients qui se cachaient derrière les pseudonymes « Petit Hans », « L’Homme aux loups », « l’Homme aux rats » etc. ce qui a permis de dresser un bilan de ses résultats thérapeutiques. Ils sont franchement désastreux : le « père de la psychanalyse » fabriquait ces miracles de toutes pièces. Prenons le cas d’Anna O, la patiente emblématique de Freud : il a avoué dans ses correspondances privées qu’elle n’était nullement guérie…

 

Si tout cela ne vous convainc pas (dis donc vous êtes récalcitrant !), peut-être que le fait de savoir que Freud était une sorte de cocaïno-thérapeute fera l’affaire. Il a commencé ses expériences avec la cocaïne sur ses patients à l’âge de 28 ans en 1884, en pensant qu’elle pourrait devenir un remède contre l’addiction à la morphine. Il a affirmé avoir guéri des patients de cette manière (Ernst Von Fleischl-Marxow notamment), alors qu’il n’en était rien. Il suffit pour s’en assurer de consulter les lettres qu’il a envoyées à sa fiancée (elles sont conservées à la bibliothèque du Congrès à Washington et on été rendues publiques depuis 2000).

Je précise que Freud était lui-même sous l’emprise de cette drogue, ce qui, ma foi, explique pas mal de choses.

Franchement, quelle crédibilité peut-on accorder à un tel escroc ?

 

Vérité n°4 : La psychanalyse n’est pas une science, c’est un dogme.

 

Selon Popper, pour qu’une discipline soit scientifique, il faut qu’elle puisse être réfutée. Or la psychanalyse s’est construite de manière à être irréfutable : « Résister à la psychanalyser c’est refouler la sexualité », « Si l’on critique la psychanalyse c’est qu’on n’a pas été psychanalysé », « Ceux qui critiquent la psychanalyse ont besoin d’être soignés » etc. Implacable. Je précise qu’elle n’a par ailleurs jamais été validée scientifiquement.

 

Je vais m’arrêter là car je pourrais continuer pendant des heures. Tous ces éléments, énoncés dans les vérités 3 et 4, ont été tirés de l’excellent livre « Le livre noir de la psychanalyse » de Meyer & Co que je vous conseille vivement. C’est une mine d’infos et il est très bien documenté.

 

Vérité n°5 : Bernard Golse n’est PAS un spécialiste de l’autisme.

 

Ca n’est pas parce qu’il fait coucou aux caméras et qu’il s’est auto-proclamé spécialiste qu’il l’est réellement. Je serais tout aussi crédible et cohérente que lui en m’auto-proclamant spécialiste de la théorie de l’évolution et en affirmant, avec force panache et auto-suffisance, que Dieu a créé l’Homme. Ceux qui connaissent un peu le personnage comprendront ma démonstration.

Pour les autres je vais tout simplement citer Franck Ramus - voir son excellent blog et particulièrement l'article "Réponse à l’éditorial de Bernard Golse dans le Journal International de Médecine" - : « Les experts français de l’autisme se nomment Catherine Barthélémy (104 articles sur l’autisme, h-index= 40, Marion Leboyer (94 articles, h= 53), Gilbert Lelord (55 articles, h=25), Catalina Betancur (53 articles, h= 33), Thomas Bourgeron (50 articles, h= 31), Joelle Martineau (51 articles, h=21), Richard Delorme (33 articles, h=21), Jean-Louis Adrien (32 articles, h= 14), pas Bernard Golse (7 articles, h= 9). »

 

Donc pour récapituler :

 

NON l'autisme n'est pas la forme ultime de schizophrénie

NON l'autisme n'est pas "l'auto-érotisme"  (???!)

NON la psychanalyse n'a rien à faire dans la prise en charge de l'autisme (cf le rapport de la Haute Autorité de Santé qui préconise les méthodes comportementales et désavoue la psychanalyse en la classant dans les pratiques "non consensuelles")

Et je dirais même : NON la psychanalyse n'a rien à faire en France!

 

 

Nota : Je reprends l'explication de Franck Ramus "Le h-index est une mesure composite de la production et de l’influence d’un chercheur. Un h-index de 50 indique que la personne a publié 50 articles qui ont été cités au moins 50 fois"

 

 

 

AJOUT au 10 octobre 2013 : Emission « Service Public » sur France inter ce jour. Le thème : les serial killers et les tueurs de masse (mass murderers) Je cite Serge Bornstein, neuropsychiatre, expert auprès de la Cour de cassation « Ils [les tueurs] font partie du trouble explosif isolé, qui est en général l’affaire de schizophrènes patentés qui sont dans ce monde de clivages dont une forme s’est détachée récemment et avec insistance qui est le « syndrome d’Asperger » qui est une variété de schizophrénie qui ne fait pas sa preuve et qui est susceptible de prendre de multiples facettes. »  C'est affligeant, mais je le remercie vivement car il apporte de l'eau à mon moulin.

Freud - Juan Osborne

Freud - Juan Osborne

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Published by Super Pépette - dans Autisme
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commentaires

Copper Lebrun 06/06/2017 16:44

A noter que pour Bernard Golse, le syndrôme d'Asperger "on se demande bien si ça existe" (sur Europe-1). Donc pour lui, vous n'êtes pas autiste.

Tant mieux, d'une certaine façon, puisqu'il a aussi déclaré devant le public ébahi de l'université de médecine Paris-Descartes (et Josef Schovanec au passage) que "la pathologie autistique empêche d'être une personne".

Ouf. merci Bernard Golse

Audrey 01/01/2017 01:11

Bonjour,
J'ai quand même plutôt l'impression que tout dépend de l'utilisation que l'on fait de ce qui nous parvient.
La psychanalyse se veut empirique, elle est aussi suivie par des personnes qui semble loin du dogmatisme... Selon mon apprentissage de la vie.
Bonne route,
Et merci de vos partages,
Audrey

Sel 09/08/2016 15:17

Bonjour,

Je tenais à rebondir sur votre phrase "Orientez-vous vers le Centre de Ressources Autisme de votre région, qui sera à même de poser le bon diagnostic."
J'ai achevé il y a quelques mois une démarche diagnostique dans un de ces CRA, après avoir découvert l'autisme par hasard (et en partie grâce à vous, merci en passant). Je précise que j'ai entre 25 et 30 ans.

Eh bien, la psychiatre de ce CRA m'a finalement diagnostiqué ... les conséquences d'une dépression de l'enfant en lien avec ma mère, se manifestant par un "refus de ressentir" et un mix trouble anxieux/phobie sociale, avant de me suggérer une "psychothérapie pour démêler les traumatismes de mon enfance" !
Je précise également que le compte-rendu qui m'a été fourni ne reprend absolument aucun élément en faveur de l'autisme, alors que ceux-ci sont pourtant bien présents (la psychologue du centre m'avait d'ailleurs affirmé, lors d'un rendez-vous précédent, qu'ils hésitaient entre un syndrome d'asperger et un haut potentiel, éventuellement associés), et qu'il est empli d'inventions et d'erreurs factuelles, au point que j'ai éclaté de rire durant sa lecture lors de la séance de restitution.

Inutile de préciser que j'ai rejeté en bloc leur travail et que je vais entreprendre d'autres démarches, avec le soutien de mes proches.

Tout ça pour dire, qu'il faut faire attention lorsque l'on présente les CRA comme des centres à l'autorité reconnue et à l'expertise incontestable. Ce n'est clairement pas le cas de tous. Je reste encore quelque peu perturbé par le grand écart entre les éléments factuels présentés et mes propos et les témoignages de mes proches d'une part, et l'interprétation/sélection qui en aura été faite par cette "experte", d'autre part. (Experte qui, soit dit en passant, m'a assuré qu'un autiste n'avait ni conscience d'autrui, ni instinct... Bref, j'arrête là)

Bonne continuation à vous, votre travail à visée informative est particulièrement précieux en ces temps d'obscurantisme psychiatrique.

Super Pépette 09/08/2016 17:37

C'est tout à fait vrai et vous avez raison de le signaler! Malheureusement tous les CRA (ou plutôt tous les professionnels présents au sein de ces CRA) ne se valent pas

Elleauxailes 28/04/2016 08:13

Vérité 2... Ma psychiatre, qui est pourtant pédopsychiatre spécialiste Asperger, a posé (à ma demande, hein, parce que je demande toujours les diag me concernant, ça enrichit ma collection)... Donc ma psychiatre a eu la gentillesse de ne pas me dire schizophrène (ouf!). Mais toute pédopsychiatre experte Asperger qu'elle est, ben selon elle, j'ai des troubles de l'attachement (>> facteur environnementaux, rapports mère/enfant).
Ce qui est "marrant" c'est que même ma mère (après avoir regardé tes vidéos, deux conférences "Les autistes ont la parole" et l'excellentissime conférence de Josef Schovanec à la fac de médecine de Tours) est elle même convaincue qu'il faut absolument que je sois diagnostiquée :D
Je précise que ma mère a été mon institutrice du CP au CM2...
Depuis un mois que je sais ce qu'est vraiment le syndrome d'Asperger (et pas ce que je croyais...), je vais vraiment mieux dans ma vie!!!

Serge 11/06/2016 13:09

Bonjour
Il faut rester prudent dans l'utilisation des diagnostics psychiatriques qui ne reposent pas sur un savoir scientifique mais qui sont définis conventionnellement. Pour cela il suffit de voir comment a évolué ces dernières années le diagnostic d'autisme pour passer une définition limitée à l'autisme de Kanner pour finir par devenir quasiment synonyme de trouble envahissant du développement, terme qui recouvre chez l'enfant l'ensemble des difficultés de communication, de relation et de contact avec la réalité. En fait les TED recouvrent plus ou moins ce qu'on appelait avant psychose, plus l'autisme, encore que l'on peut voir dans l'autisme une forme de psychose. Parfois l'on confond aussi trait autistique et autisme. Tout cela est une question de définition ... et de regard porté sur l'autre. Mais on ne peut pas nier qu'il y ait des différences individuelles d'un point de vue psychologique, des différences dans la personnalité et dans la manière d'exprimer sa souffrance. Quant à la schizophrénie, il y a 40 ans 90 % de la population psychiatrique était qualifiée de schizophrène. Mais 2 schizophrènes ne se ressemblent pas. Il serait d'ailleurs absurde de réduire une personne à sa pathologie. Parfois on vit mieux avec une schizophrénie simple qu'avec une grosse névrose obsessionnelle. On se sent déjà mieux quand on a trouvé son chemin dans la vie.
Bonne Chance, car elle existe aussi ... et rien n'est vraiment conforme au savoir supposé.

Céline 22/04/2014 18:53

Le problème est que l'on parle sur l'autisme et que l'on parle à propos de l'autiste. Ce qui est impossible c'est de parler à la place de l'autiste.
Il y a un tout petit bouquin qui s'intitule " La cause de l'autiste" de Jean-Pierre Royol
C'est bouleversant car là on entend ce qu'ils disent...

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