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9 juillet 2013 2 09 /07 /juillet /2013 18:06

Josef Schovanec, qui est un peu notre Daniel Tammet national, a coutume de dire « On peut avoir un doctorat et ne pas savoir dire « bonjour » de manière appropriée, ce sont deux compétences totalement différentes ». Bien dit, Josef! J’ajouterais ceci : si dire bonjour est compliqué, alors dire au revoir, pour nous personnes autistes, est un pur calvaire...

 

Du temps où j’étais en couple avec un neurotypique - ce qui remonte peu ou prou à l’ère paléolithique - j’allais parfois à des apéros chez les amis de mon compagnon. Evidemment il fallait que nous convenions au préalable d’une heure de retour, pour que j’aie un cadre horaire et une « limite » en tête. Imaginons que nous nous soyons mis d’accord pour rentrer à minuit. A 00h05, je frémissais. A 00h10, je commençais à jeter des regards désespérés à mon compagnon, accompagnés de signaux physiques aussi subtils que romantiques (petits coups de pied, pincements, tapotements sur le bras et j'en passe). A 00h15 mon désespoir se transformait en agacement. A 00h20 j’osais un délicat « Bon il est 12h20 là !!! On y va ?? ». A 00h30 mon couple était au bord de la rupture et moi au bord de l’implosion.

 

A 00h35, nous nous levions enfin. Ne restait plus qu’à dire au revoir.

Aïe.

Et c’est là que ça coince, presque autant qu’une zigounette dans une braguette*.

 

Personnellement je serais du genre à lancer un « Au revoir j’y vais ! » général en faisant un petit salut de la main. Propre et efficace. Malheureusement dans la vraie vie les choses ne se passent pas comme ça, gare à vous si vous suivez mon exemple, vous pourriez passer pour un malotru, un chenapan, un garnement, que sais-je encore.

 

Dire au revoir à chaque personne présente, de façon individuelle, est une manière plus civilisée de prendre congé. Là encore, dans mon cas les choses pourraient être expédiées très rapidement : j’ai coutume de faire la bise accompagnée d’un « aurevoirbonnesoirée » et en 30 secondes chrono j’ai salué tout le monde, la clé de la voiture en main, prête à partir vers mon oreiller de nouvelles aventures.

 

Mais comme lors des échanges sociaux rien n’est jamais simple, à procéder de la sorte je me retrouvais systématiquement comme une godiche à attendre que mon compagnon ait fini de dire au revoir à tout le monde. Se déroulait sous mes yeux une chose étrange que je n’ai toujours pas fini de m’expliquer : une mini-conversation s’engageait systématiquement avec chaque personne qu'il était en train de saluer.

 

Et piapiapia,

Et blablabla,

Et hahaha

Re piapiapia

Re blablabla

Re hahaha

 

Ce qui aurait pu être bouclé en 30 secondes chrono s’éternisait au-delà du raisonnable.

Je ne résiste pas à l'envie de citer notre cher Cyprien qui exprime à merveille ce que je ressens face à ce genre de mystère :

http://www.cyprien.fr/

http://www.cyprien.fr/

Pourquoi échanger de nouveau avec une personne alors que cela fait déjà 4h que l’on parle tous ensemble ?

Que peut-il y avoir de si crucial à dire à ce moment précis ?

A part « au revoir », que peut-on bien se dire d’autre ?

Quel plaisir peut-on y trouver ?

POURQUOI ???

 

Je n’ai toujours pas la réponse à ce jour, si vous avez des pistes je suis preneuse ! C’est une des 1001 subtilités sociales qui me dépassent complètement et dont j'aimerais saisir le fonctionnement, à défaut d'avoir forcément envie de les imiter.

 

 

 

* Bon ça n’est pas très élégant comme formule je vous l’accorde, mais c’est rigolo et ça sonne bien !

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Published by Super Pépette - dans Anecdotes aspie-rantes
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commentaires

Eleonora 18/07/2016 13:57

Bonjour Superpépette,
"peut-être que c'est simplement dans la nature des NT ce genre de comportements de la même manière que c'est dans notre nature à nous autistes d'avoir une vision "utilitaire" du "au revoir"" Je n'ai pas trop de doutes sur le fait d'être neurotypique, et pourtant dire bonjour à tous et au revoir à tous me coûte beaucoup. J'ai décidé que je n'avais pas forcément à m'imposer cela. J'essaie juste de ne pas être trop impolie, mais je compte aussi sur le fait que nous sommes des personnes "entières" et que l'on peut ne pas dire au revoir d'une manière socialement souhaitable et en être pardonnée parce que par ailleurs on est sympa, chaleureux, généreux etc... Lorsque je m'enfuis d'une soirée je glisse souvent (ou le lendemain) "ah je suis comme ça, quand j'ai sommeil ça n'attend pas" pour faire comprendre à l'autre qu'il n'y est pour rien et qu'il lui lui faut m'accepter avec mes bizarreries car je ne veux pas me plier à toutes les normes sociales. C'est toujours une histoire de compromis bien sûr, mais je serais d'avis de faire un peu confiance aux autres pour qu'ils nous acceptent avec nos "typicités" les plus farfelues, de neurotypiques ou de neuroatypiques !

Paulina 28/06/2016 19:51

Mon beau père part brusquement dès qu'il s'ennuie dans un événement social en prétextant qu'il est l'heure d'aller soigner les vaches. Quelle que soit l'heure, il est parti dans la minute, les vaches, ça n'attend pas. :D C'est hilarant!!

Elleauxailes 27/04/2016 08:56

Je suis adepte du "hou là là! j'ai un rendez vous, je dois vous laisser!".
Genre j'ai pas le temps de faire la bise, je me casse.
De toute façon, je ne sors pas le soir (trop dangereux psychologiquement).
Et quand on reçoit, mon chéri et moi, c'est chez lui, et je n'hésite même plus à dire "je suis crevée, je vais me coucher". Je fais "petite nature", mais je m'en fiche.
Avant, la question ne se posait pas, on sortait pas, avec mon mari, et c'était lui qui était impatient qu'on parte de chez les autres (mon sauver de l'époque... et mon croque-mort, aussi... mais bon ça, c'est autre chose!).

Novak 27/04/2015 03:40

Dans ce genre de réception (ou colloque universitaire etc), ne sachant pas à qui il faut dire au revoir (on peut pas dire au revoir à tout le monde) et ne voulant pas interrompre les conversations des gens pour dire au revoir, je reste dans un coin, tout le monde se casse (sans dire au revoir à tout le monde, je devrais les observer pour voir comment ils font) et à la fin il ne reste plus que moi et la personne chez qui ça se passe, là du coup ça devient plus facile de choisir à qui on dit au revoir :-D C'est toujours comme ça. Sinon, je crois qu'on peut se borner à dire au revoir à ses amis proches (mais là se pose le cruel problème: il fait s'incruster et interrompre les gens pour dire au revoir, gloups!) et à l'organisateur seulement. Y a aussi la technique "je me casse discrétos sans dire au revoir" (personne remarque rien!) et de toutes façons, il semble que les gens n'en tiennent pas rigueur...
Enfin en général je résouds le problème comme ça: soit je ne vais plus à ces réceptions, soit j'y vais avec ma femme, qui sait plus ou moins comment se débrouiller donc j'ai qu'à faire comme elle et le problème est résolu. :-)

Yves 03/01/2015 22:19

Superbe blog. Je suis en cours de dépistage après que ma copine (qui est instit a eu une info sur Apserger) m'a découvert Asperger... Qui se confirme après plusieurs rencontre avec des spécialistes. Et ce blog me parle totalement. EN particulier ce thème du Au revoir... c'est tout à fait cela. Bravo pour cet engagement

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  • : Le blog de emoiemoietmoi
  • : émoi émoi et moi... Le blog porte bien son nom! Il est avant tout centré sur...moi, ma petite vie, mes coups de gueule, mes envies. J'essaye d'apporter un certain éclairage sur le syndrome d'Asperger trop méconnu en France. Avec humour, toujours. // Ce blog est protégé par les droits d'auteur. Toute reproduction, diffusion, publication partielle ou totale est interdite sans l'autorisation écrite de l'auteur.
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