Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
28 décembre 2016 3 28 /12 /décembre /2016 10:20

Chers lecteurs.trices,

 

J'ai été nominée par un journal régional avec 9 autres personnes pour être - peut-être - élue personnalité de l'année. Si vous pensez qu'une autiste élue personnalité de l'année ça serait vraiment trop génial, alors cliquez ICI, votez 4, et partagez!!!! Il ne reste plus que 36h pour voter.

 

MERCI

Personnalité de l'année

EDIT en date du 2 janvier 2017 :

 

Merci à tous de vous être mobilisés, j'ai été élue personnalité de l'année, c'est incroyable!!!! Quelle belle récompense... Mille fois merci!

Personnalité de l'année
Repost 0
Published by Super Pépette - dans Anecdotes aspie-rantes
commenter cet article
1 avril 2016 5 01 /04 /avril /2016 10:19

C’est un peu dur aujourd’hui. Comme hier, avant-hier, et avant avant-hier, en fait. Je dors mal la nuit. Je fais des crises d’angoisse. Je n’avance pas assez vite sur mon boulot. Je me sens seule. Je culpabilise. Je culpabilise de culpabiliser. Vous voyez le genre.

 

Depuis plusieurs mois, mon hyperacousie et moi-même vivons en communion avec un chantier. Dès 7h du matin, les pelleteuses, marteaux-piqueurs et autres foreuses chantent une douce mélodie jusqu’à 17h, du lundi au vendredi. Et ce, juste en bas de chez moi. Imaginez être allergique à la bouse de vache et devoir vous rouler dedans toute la journée, ça vous donnera une idée du merdier dans lequel je suis. Sans mauvais jeu de mots.

Au secours

Au secours

Le matin quand j’ouvre mes volets, je vois les gars du chantier qui s’activent. Je les croise quand je sors les chiens. Je les observe aussi parfois, à demi planquée derrière mes rideaux, en mode Mamie-Mougeot-inspectrice-des-travaux-finis. Ils font partie intégrante de mon quotidien. Bientôt, on va passer un cap dans notre relation, je le sens : « Eh Jean-Mi, tu montes boire un café ? ». Remarquez, ça pourrait compenser si Jean-Mi ressemblait à ça :

Les mots me manquent

Les mots me manquent

Eh oui vous connaissez ma passion honteuse pour les beaux éphèbes bronzés… Les « kékés des plages » comme les appelle ma copine Juju. (Non je n’ai pas un dédoublement de la personnalité, merci bien, manquerait plus que ça ! J’ai VRAIMENT une copine qui s’appelle Juju) Bref, je m’égare. Malheureusement, les Jean-Mi du chantier ressemblent plus à Michel Sapin qu’à Ryan Gosling. Donc en vrai, y’a rien qui compense.

 

Juste ce boucan, qui prend toute la place, dans ma tête, dans ma vie. Il est partout, tout le temps. Même quand je ne suis pas chez moi, je sursaute et me mets à trembler dès que j’entends un bruit qui ressemble de près ou de loin à celui du chantier. L’autre jour c’est le bruit d’une canette qu’on écrase qui m’a mise sur les nerfs. J’ai l’impression de développer une sorte de traumatisme sonore, je suis en surcharge sensorielle en permanence.

 

Et je ne peux pas bosser ailleurs que chez moi. J’ai déjà essayé, il n’y a rien à faire, je n’y arrive pas. Je ne parviens pas à me concentrer. Ne parlons même pas des espaces collectifs. En 8 ans d’études je n’ai pas passé une seule journée à la BU. La simple présence des autres me crispe. Et puis dans ce genre d’ambiances il faut être silencieux. Et mon ventre NE PEUT PAS être silencieux, c’est juste pas possible, je ne peux pas lutter. Déjà en temps normal il est toujours en train de vouloir communiquer avec le monde, mais alors là il me fait un remake de la Macarena à base de borborygmes tous plus tonitruants les uns que les autres. C’est comme s’il savait, le bougre.

 

J’ai donc mené en moi-même une lutte interne sans merci :

 

« - Bon faut que je déménage.

- Hop hop hop doucement, tu sais ce que tu quittes, et tu sais pas ce que tu trouves !

- Oui mais là c’est plus possible, si ça continue je vais sauter par la fenêtre et mourir façon œufs brouillés sur son lit de camion-benne. Ca ferait désordre.

- Organiser un déménagement, c’est la galère ! Ca va te fatiguer, tu vas perdre des semaines de boulot.

- Je suis DEJA en train de perdre des semaines de boulot !! Au moins après je pourrai redémarrer dans de bonnes conditions.

- Pas faux… Mais regarde !! Ici tu as le chauffage gaz collectif !! »

 

Vous l’aurez compris, mon esprit est très créatif quand il s’agit de trouver des prétextes à l’immobilisme, vue mon aversion profonde pour le changement. J’ai néanmoins fini par me mettre sérieusement à chercher un autre appart, sauf que mon dossier ne passe nulle part. Qui voudrait d’une étudiante, avec pour caution des parents qui sont à la retraite ? Bah personne, a priori.

 

Alors voilà, pour l’instant je suis coincée. Et là j’en rigole, mais en vrai je déprime sévère. Je suis épuisée, je n’arrive plus à rien, j’annule mes engagements les uns après les autres. Moi qui ai lutté si fort pour atteindre un équilibre dans ma vie, j’ai l’impression qu’il est en train de s’effondrer comme un vulgaire château de cartes. Et c’est ça aussi la vie d’un aspie : avoir l’impression qu’on a dépassé plein de trucs pour finalement se rendre compte qu’en fait rien n’est jamais acquis. J’ai toujours l’impression que la vie me rattrape d’une façon ou d’une autre pour me (re)mettre le nez dans ma mouise. Et je dois puiser en moi encore plus profondément pour trouver des solutions, avancer, survivre.

Alors oui il y a de quoi être lasse, et c’est mon cas actuellement. Mais nous les aspies sommes incroyablement résilients, à cause (grâce?) justement de toutes ces difficultés - et même parfois de ces traumatismes - que nous sommes bien obligés de surmonter. Nous avons une force en nous qui n'en finit pas de me surprendre.

C’est à ça que je m’accroche.

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Super Pépette - dans Anecdotes aspie-rantes
commenter cet article
13 février 2015 5 13 /02 /février /2015 11:41

J’ai décidé, suite à l’analyse très très pointue de Brenda Connors dans un rapport du Pentagone, de m’essayer moi aussi au diagnostic via le visionnage de vidéos de diverses personnalités politiques. J’ai procédé avec la même minutie et le même esprit scientifique que Brenda et vous livre sans plus attendre mes conclusions.

 

Obama souffrirait de Colgatite aigûe (dû à l’usage prolongé et immodéré de Colgate) Cette affliction se caractérise par : des dents blanches, un sourire ravageur, et le sex-appeal d’un acteur américain oscarisé.

Poutine serait Asperger... Et mon cul, c'est du Flanby?

Hollande quant à lui souffrirait d’une forme sévère de Strabisme Intellectuel. Cette affliction se caractérise par : une incapacité à faire preuve de clairvoyance (« La croissance va reprendre et la courbe du chômage va s’inverser. Et tout ça grâce à qui ? BIBI ! »), et un vide intersidéral entre les deux hémisphères du cerveau.

Poutine serait Asperger... Et mon cul, c'est du Flanby?

Notre DSK national serait atteint d’une forme rare de 50nuancesdeGreyite. A cause de cette affliction, il est gouverné par des pulsions SM. En effet, dès qu’une femme de sexe féminin (ou approchant) se trouve dans son champ de vision, ses rétines ordonnent aux neurones de migrer jusqu’à son urètre, désertant ainsi son cerveau et provoquant un reflux d’informations salaces dans son pénis.

Poutine serait Asperger... Et mon cul, c'est du Flanby?

Sarkozy souffrirait de Ninite systémique. Cette pathologie langagière, associée à une évidente personnalité de type mégalomaniaque, lui aura valu de semer la zizanie au sein de son parti politique avant de s’envoler vers une conférence grassement rémunérée à Abu Dhabi. Ni immobilisme ni remise en cause, ni Dieu ni maître, ni vote FN ni vote PS, ni fait ni à faire.

 

"Ni chèque ni carte bleue, tout en cash!" Les guignols du 05.02.2015

"Ni chèque ni carte bleue, tout en cash!" Les guignols du 05.02.2015

Et bien sûr nos députés et sénateurs souffriraient tous de narcolepsie. C’est que travailler à redresser la France, ça fatigue ! Et en plus, cette terrible maladie semble extrêmement contagieuse.  

image tirée de http://plumeagile02.canalblog.com/archives/2012/10/29/25452955.html

image tirée de http://plumeagile02.canalblog.com/archives/2012/10/29/25452955.html

Voilà voilà! Brillante démonstration médicale s'il en est. Bisous!

 

 

Ceux qui aimeraient comprendre – de façon un peu plus circonstanciée – pourquoi ce rapport du Pentagone selon lequel Poutine serait Asperger n’est rien de plus qu’un torchon peuvent aller consulter ces deux liens :

http://sante.lefigaro.fr/actualite/2015/02/06/23352-poutine-asperger-diagnostic-peu-vraisemblable

 

http://www.reddit.com/r/worldnews/comments/2uscd3/pentagon_2008_study_claims_putin_has_aspergers/coblb35

Repost 0
Published by Super Pépette - dans Anecdotes aspie-rantes
commenter cet article
11 août 2014 1 11 /08 /août /2014 09:01

L’été est, à n’en pas douter, la saison de l'année que je préfère. J’ai le sentiment de revivre après avoir hiberné comme une marmotte. Je me surprends à flâner dans les rues de Nantes, à prendre un verre en terrasse, à me gorger de soleil et à sourire à de parfaits inconnus. J’ai envie d’échanger, de profiter, de m’enivrer de cette douceur de vivre. Les journées sont longues et pourtant le temps me manque pour tout voir, tout faire, tout embrasser. Je deviens, après une longue période de disette, une boulimique de la vie.

 

Le soleil n’est pas le seul responsable de ce regain d’énergie. Je suis bien sûr très sensible à la luminosité, et je garde d'ailleurs un souvenir ému de mon passage à Marseille. J’y ai passé 18 mois formidables à profiter de chaque journée d’ensoleillement comme d’un cadeau tombé du ciel. Les goélands, les calanques, la gouaille des marseillais… Marseille est restée dans mon cœur comme le souvenir indélébile d’un amour de jeunesse.     

 

A Nantes en été, non seulement le soleil nous fait l'honneur de sa présence mais les rues se vident. Il y a moins de voitures, moins de bruit, moins de gens, moins d’hystérie. Je peux promener mes chiens tranquillement le matin sans subir les va-et-vient nerveux des parents qui déposent leurs enfants à l’école « Allez dépêche-toi ! On est en retard ! ». Aux heures de pointe, les voitures ne s’agglutinent plus à l’angle de ma rue dans un concert de klaxons. Tout est étrangement calme, en suspens. Et toutes les cellules de mon corps le ressentent. Mon cerveau n’est plus saturé d’informations en permanence. Je suis détendue, lucide, vivante. Je reprends plaisir à faire du sport, à prendre soin de moi. Je me lève d’un bond le matin, prête à profiter de chaque seconde qui s’offre à moi. Plus rien ne me pèse, et tout redevient possible.

 

J’aimerais figer ces instants pour toujours, les capturer, les garder en moi. Que les odeurs de l’été, ses couleurs, sa lumière ne soient pas seulement un vague souvenir lors des rudes journées d’hiver mais une réalité palpable et accessible.

 

Les journées raccourcissent déjà. Dans quelques semaines, les vacanciers seront de retour, la vie reprendra son cours et cette période bénie sera derrière moi. Je vais m’en abreuver jusqu’à plus soif, la laisser me pénétrer par tous les pores de la peau et profiter de chaque instant comme si c’était le dernier.

 

La vie, en été, est un cadeau.

Nuit d'été à Nantes

Nuit d'été à Nantes

Repost 0
Published by Super Pépette - dans Anecdotes aspie-rantes
commenter cet article
8 juin 2014 7 08 /06 /juin /2014 16:34

Il y a ceux qui m’ont promis la lune et m’ont fait mordre la poussière.

 

Ceux qui me trouvaient tellement décorative qu’ils ont fini par me considérer comme une plante verte.

 

Ceux qui avaient un baobab dans la main.

 

Ceux que je n’oublierai jamais.

 

Ceux qui étaient sexistes sans oser se l’avouer.

 

Ceux dont je suis tombée amoureuse.

 

Ceux qui n’avaient jamais envie. De rien.

 

Ceux qui ont traversé ma vie comme un éclair et m’ont foudroyée.   

 

Ceux dont je me suis lassée avant même de les embrasser.

 

Ceux qui voulaient des enfants, sans avoir à s’en occuper.

 

Ceux qui m’ont rendue meilleure.

 

Ceux qui, par mégarde, m’ont appelée « maman ». Et qui auraient mérité une bonne claque.

 

Ceux qui me trouvaient mystérieuse.

 

Ceux qui m’ont brisé le cœur.

 

Ceux qui n’avaient pas le temps de fêter mon anniversaire.

 

Ceux qui ont su voir au-delà des apparences.

 

Ceux qui avaient un QI d’huître et des oursins dans les poches.

 

Ceux qui m’ont menti.

 

Ceux que je n’ai pas su aimer comme ils l’auraient mérité.

 

Et peut-être, un jour, celui qui me donnera envie de retenter ma chance.
 

Les hommes et moi, ça fait deux. J'ai bac-10 en relations amoureuses, je suis le boulet de service, la sous-douée ultime. Depuis deux ans, même si je vis un célibat heureux, je suis tiraillée entre mon envie de reconstruire quelque chose, et le constat évident de ma nullité abyssale en la matière. J'ai déjà du mal à décrypter des comportements humains basiques, alors les comportements amoureux, vous pensez bien...

 

 

Comment réussir à accorder ma confiance à nouveau?

Comment faire de mon passé une force plutôt que de le traîner comme un boulet?

Comment lâcher prise et simplement vivre l'instant présent?
Et si la bonne personne se présente... saurai-je la reconnaître?

 

Ce sont toutes ces questions sans réponses qui font mes nuits solitaires. 

 

L'amour, toujours
Repost 0
Published by Super Pépette - dans Anecdotes aspie-rantes
commenter cet article
24 mai 2014 6 24 /05 /mai /2014 13:05

Ma sœur m'a reproché récemment d’être égocentrique. Ça n’est pas la première fois, j'ai déjà eu droit à d'autres qualificatifs tout aussi goûtus ("égoïste", "auto-centrée"), et ça ne sera probablement pas la dernière. Nos périodes de crise semblent être cycliques. Quand je commence à croire que nos relations se sont apaisées et que je baisse la garde, je me prends systématiquement à suivre une volée de bois vert. Et je repars toute décontenancée, le ventre noué et la gorge serrée, avec le sentiment que je ne serai décidément jamais à la hauteur de ses attentes.

 

Egocentrique, moi ? Oui, certainement. J’ai passé ma vie à m’analyser, à décortiquer mes réactions, mes comportements, mes incapacités. J’ai essayé de m’améliorer, de travailler sur moi pour devenir une meilleure version de moi-même, une version 2.0. J’ai toujours veillé à préserver mes valeurs et à les vivre au quotidien. Une autiste larguée au milieu des neurotypiques, qui doit s’adapter coûte que coûte à leur monde et leur mode de fonctionnement… Bien sûr que je suis auto-centrée, c’est quasiment un mécanisme de survie.

 

Dans les périodes où tout va mal, où j’ai envie d’en finir, où les idées noires tournent en boucle dans ma tête, je ne pense qu’à moi et à ma survie. Chaque seconde qui passe est une lutte contre moi-même et une petite victoire sur la vie. Ma famille ne sait rien de ces tranches de vie, j’ai toujours préservé mon entourage de mes facettes les plus sombres. Tout ce qu’ils peuvent percevoir, c’est que je ne donne plus de nouvelles, que je me barricade, que je ne les écoute plus, que je ne suis plus disponible.

 

A leurs yeux, je deviens un monstre d'égoïsme.

 

Il me serait tellement facile de dire à ma soeur: « Tu sais, si je n’ai pas été présente à cette période de ta vie, c’est parce que j’avais envie d’en finir. Et que ma survie était ma priorité. »

 

Tellement facile de la faire culpabiliser.

Tellement facile de lui faire peur.

Tellement facile de lui clouer le bec.

 

Trop facile. Et parfaitement injuste. De quel droit devrait-elle subir des difficultés qui m’appartiennent ? Je préfère encore la laisser croire que je suis égoïste.

 

Egoïste que je suis.

 

Je fais de mon mieux. Vraiment. J’ai bien conscience de ne pas apporter à ceux qui m’entourent tout ce dont ils ont besoin. J’ai bien conscience de n’être pas suffisamment présente pour mes neveux et nièces. J’ai bien conscience d’être dans ma bulle, parfois. Mais ça n’est pas volontaire.

 

Je fais de mon mieux. Vraiment. Avec les moyens qui sont les miens.

 

Si je suis dévouée aux autres, c’est à un niveau plus global, à un niveau « macro ». Je suis végétalienne, je milite pour la reconnaissance du droit à la différence, j’espère une société plus juste où chacun aurait sa place, pour nous et pour les générations futures. Je donne de mon temps sans compter, parfois même jusqu’à l’épuisement. Mon altruisme est avant tout tourné vers le bien commun.

 

Cette générosité-là passe inaperçue, car elle n’est pas directement « exploitable », elle ne sert pas immédiatement les intérêts propres de M. et Mme Tout-le-monde. Et moi je passe, au mieux, pour une empêcheuse de tourner en rond, au pire, pour une extrémiste anarchiste.  Mais je m’acharne, non pas que je sois maso, mais parce que je suis convaincue du bienfondé de ma démarche.

 

Qui est égoïste, déjà ?

 

Alors… que faire ? Auto-flagellation ? J’ai déjà donné. Tentative d’explication ? Je n’en ai pas la force. Surenchérir ? Pas mon style. J’ai plutôt décidé de prendre de la distance avec sa façon de me percevoir. L’image qu’elle a de moi lui appartient. Elle me voit comme une sœur égocentrique, bizarroïde et à la limite du supportable. Soit. C’est sa représentation. Je refuse d’en être prisonnière. L’opinion qu’elle a de moi ne me définit pas.

 

Je sais qui je suis, je sais ce que je vaux.

 

Je sais que je ne suis pas parfaite mais je n’ai jamais prétendu l’être.

 

Et l’égoïsme, est, avant tout, affaire de perception.

Petite leçon d'égoïsme
Repost 0
Published by Super Pépette - dans Anecdotes aspie-rantes
commenter cet article
7 avril 2014 1 07 /04 /avril /2014 11:24

Il est 17h, j’arrive à l'hôtel. La fatigue et telle que je suis en mode « pilote automatique ». Le réceptionniste me remet les clés de ma chambre. Je m’y rends, pour constater que celle-ci donne directement sur l’ascenseur.

Enfer et damnation.

Je prends mon courage à deux mains et redescends à la réception.

 

«- Ma chambre est juste à côté de l’ascenseur. Je suis très sensible au bruit, serait-il possible d’en changer ?

- La porte est capitonnée, vous n’entendrez rien. »

 

Je me connais, je connais mon hypersensibilité auditive. Je sais que je risque de passer la nuit à compter les allées et venues de tous mes voisins de palier. Si la seule chose qui se tient entre moi et une nuit blanche est une porte capitonnée, je crains le pire. J’insiste donc.

 

«- Je préfère en changer.

- Vous êtes rentrée dans la chambre, vous avez écouté ? Je vous dis que vous n’entendrez rien. »

 

J'hésite. Je sais que si je remonte pour constater que la chambre est bruyante, je n'oserai pas redescendre une deuxième fois et je serai agacée de ne pas m'être fait suffisamment confiance. Je décide de lui tenir tête. Après tout, ne dit-on pas que "le client est roi"?

 

«- Non je ne suis pas rentrée, mais je me connais, je préfère changer. 

- Je vous dis que la porte est capitonnée !»

 

Je sens la moutarde me monter au nez.

 

«- Ecoutez, je vais être transparente avec vous : aujourd’hui nous sommes le 2 avril, c’est la journée mondiale de l’autisme, je ne sais pas si vous savez ?

- ...

- Non ? Et bien je suis autiste Asperger et hypersensible au bruit, j’aimerais donc, si l’hôtel n’est pas complet, pouvoir CHANGER DE CHAMBRE. »

 

M. le réceptionniste bougonne, tapote sur son clavier, et me tend une autre clé à contre-coeur.

 

«-Vous êtes sûre ? Non parce que la chambre à côté de l’ascenseur, la porte est capitonnée. Euh… vous savez ce que ça veut dire, non, « ca-pi-ton-née » ?

 

L’instant d’un instant, je me suis vue sauter par-dessus le comptoir pour lui faire bouffer son clavier, sa porte capitonnée, et sa mauvaise volonté. J’ai préféré un lapidaire :

 

«-Oui je sais, j’ai bien compris ! Je suis autiste, pas débile ! »

 

Notre conversation s’arrête là. Je me rends à ma nouvelle chambre pour découvrir qu’elle donne du côté rue et que j’entends le bruit des voitures comme si j'y étais.

 

Et là, c’est le drame. Je m’effondre totalement. Je pleure comme si ma famille toute entière venait d’être kidnappée par le revenant de Pablo Escobar. Je me replis sur moi-même et me balance doucement. Cet échange a épuisé mes dernières ressources, je suis à bout de force. Et quand la fatigue atteint des sommets, je ne gère plus mes émotions, je deviens irritable et la moindre contrariété prend des proportions énormes.

 

Dans deux heures, je suis censée être au gala de charité d’Autistes Sans Frontières pour y donner un discours. C’est une intervention qui me tient particulièrement à cœur et je crains de ne pas réussir à me ressaisir à temps. Depuis cinq jours j’enchaîne des évènements tous plus épuisants les uns que les autres : la conférence que nous avons donnée à Angers vendredi soir, un WE familial à l’île de Ré dès le lendemain pour fêter les 70 ans de mon père, des impératifs pros et persos. Je n’ai pas eu une seconde pour me reposer. Et j’arrive à Paris, LA ville qui a le don de me faire sortir de mes gonds. Mes habitudes sont bousculées, je n’ai pas mes boules de poils avec moi, je n’ai plus de repères. Je n’ai qu’une envie : tout annuler, et rentrer chez moi pour retrouver la douceur de mon nid douillet, mon train-train, et accessoirement, mon lit.

 

Bon allez ma Pépette, respire, ressaisis-toi. Tu ne peux pas te défiler, c'est une chance unique, il faut que tu sois à la hauteur.

 

Débarbouillage, maquillage, habillage.

 

J’arrive à la soirée. L’hôtel Dassault est vraiment un lieu unique, magnifique. J’en prends plein les mirettes. Sophia Aram s’avance vers notre petit groupe pour échanger avec nous. Elle est sublime, très charismatique, et son énergie est contagieuse. Je suis agréablement surprise par l'intérêt sincère qu'elle manifeste pour notre cause. Elle me dit qu’elle a parcouru mon blog, qu’elle a « adoré ».

 

 

Non mais allô, quoi ?! Sophia Aram qui me dit qu’elle a adoré mon blog, c’est genre j’te dis « t’es un mec et t’as pas de poils ! » Allô, quoi !

Non mais allô, quoi ?! Sophia Aram qui me dit qu’elle a adoré mon blog, c’est genre j’te dis « t’es un mec et t’as pas de poils ! » Allô, quoi !

L’heure de mon speech approche. J’ai repris du poil de la bête. Nous nous avançons vers l’estrade. Benoit, un jeune autiste de 18 ans, ainsi que sa maman Olivia répondent aux questions qui leur sont posées. J'ai le ventre noué. Mon tour arrive. Respire, Pépette, respire... J’explique ce qu’est pour moi le syndrome d’Asperger : l’apprentissage que suppose l’interaction sociale; la fatigue; l’hypersensibilité auditive. Et dans la deuxième partie du discours je dis en substance « Surtout n’ayez pas de peine pour moi. Au contraire, réjouissez-vous !  Car je suis très bien dans mes baskets et je ne changerais pour rien au monde. Réjouissez-vous car les autistes sont une chance pour notre société, nous avons tant à apporter. Et enfin réjouissez-vous car chacun détient entre ses mains le pouvoir de faire évoluer les mentalités. Voilà… réjouissez-vous car la vie est belle, les autistes sont parmi vous et c’est une très bonne chose. »  

 

 

Photo : Serge Dulud

Photo : Serge Dulud

J’ai vécu mon discours à 200%, j’y ai mis toutes mes tripes, ma passion, ma conviction. Tous mes espoirs aussi. Je pense que cette sincérité s’est ressentie et que mon message est passé.

 

Le reste de la soirée s'est déroulé dans une espèce de flou artistique. Je me souviens en vrac : du volume sonore, du délicieux goût des petits pois, du bonnet gris d’un certain acteur français qui fait à peu près trois fois ma taille, des lumières qui valsaient sur le plafond, et de la réserve touchante de Thomas Sotto qui a vraiment l’air d’être un chic type.

 

Jusqu'au jour de mon départ j’ai enchaîné des rendez-vous de toutes sortes et rencontré des gens formidables qui m’ont terriblement inspirée.

De Peggy et Benoit, je retiens l'éclat de leurs yeux quand ils parlent de leur fille Louise, une jeune Asperger de 11 ans : "Elle m'a dit "Papa, tu m'enverras un texto à peu près à 16h32", c'est pas génial, ça?!" C'est surtout le regard plein de tendresse que vous posez sur la différence de votre fille qui est génial.

D'Emmanuel, son sourire en coin et son bureau en bordel.

De Clémence, son dynamisme et sa vision on ne peut plus positive de nos particularités.

De Matthieu, son enthousiasme débordant et sa spontanéité. 

Et de Louise, 11 ans, passionnée par les chevaux et la mythologie grecque, cette entrée en matière mémorable : "Julie, je voudrais que tu me dises ce que c'est "Rhadamanthe"?"

 

 

A chaque fois que je rencontre un Asperger, je le trouve extraordinaire, en ce sens qu’il n’a vraiment rien d’ordinaire ! Ce sont des personnalités si riches, si hautes en couleur. Quel bonheur de croiser leur route.

 

Oui, vraiment, réjouissons-nous !

 

Car ce n’est pas pour nous, aspies, qu’il faut avoir de la peine, mais pour notre société qui n’est pas capable de nous offrir en son sein la place qui nous revient.


C’est elle qu’il faut s’employer à réformer…pas nous.

 

Merci à Peggy qui a rendu possible ce voyage à Paris et m’a offert cette opportunité de m’exprimer au gala d’ASF : merci de ta confiance ! Merci à Olivia, Benoit et Fabienne qui m’ont soutenue tout au long de la soirée. Merci merci merci!

Repost 0
Published by Super Pépette - dans Anecdotes aspie-rantes Asperger
commenter cet article
5 janvier 2014 7 05 /01 /janvier /2014 18:09

Je comprends, Bobby, vraiment. C’est vrai, quoi ! On a tous besoin, de temps à autre, de relâcher un peu la pression. Tu as eu envie de transformer ton appart en boîte de nuit? C'est tout à fait légitime! Il me semble cependant que tu as oublié un léger détail, une toute petite variable à ton équation. Me permets-tu de t’en faire la remarque ?

 

Pas besoin de répondre, Bobby, c’est une question rhétorique.

 

RHE-TO-RIQUE ! Tu sais, quand tu poses une question mais que tu n’attends pas de réponse ? Bon laisse tomber, je vois que tu es encore rond comme une queue de pelle, contente-toi de m’écouter ça sera plus simple.

 

J’en étais où ?

 

Ah oui. La variable manquante à ton équation. Le fameux « X » à trouver, celui qui nous faisait tous trembler quand on était au collège. Ton X à toi en l’occurrence, le voici le voilà, attention 1, 2, 3 : TU N’ES PAS SEUL AU MONDE C#!§\#&**D !!! TU AS DES P#&#!§ DE VOISINS !!

 

Aaaaah ça fait du bien. Je me sens déjà mieux. S'il-te-plaît ne m'en tiens pas rigueur, je n'ai pas pour habitude d'être cavalière, il fallait que ça sorte.  

 

Tu dis ? « On n’a pas fait tant de bruit que ça ? » Euh, excuse-moi de te demander pardon, Bobby, mais ne te rappelles-tu pas qu’hier vers 3h du matin une charmante jeune femme vêtue d’un pilou pilou rose est venue frapper à ta porte pour te signaler que le volume sonore était un poil trop élevé ? C’était moi, en fait. Si si, je te jure. Il me semble d’ailleurs que peu de temps auparavant, le voisin du dessous est venu te faire cette même remarque. Nom de diou quelle coïncidence!

 

Ce qui m’a semblé fort amusant, c’est que toi et tes copains, plutôt que de vous excuser platement, vous avez tenté une négociation. Des mecs bourrés, qui tiennent à peine debout, qui ont les yeux en trou de pine, et qui tentent d’avoir l’air intelligent en te sortant des expressions comme « C’est pas pour me faire l’avocat du diable mais blablabla», franchement c’est assez savoureux.

 

« Avoir les yeux en trou de pine ? » Dis donc mon Bobby, il va falloir étoffer ton vocabulaire.  

 

Bon évidemment, je ne me suis pas éternisée, j’espère que tu ne l’as pas mal pris. J’ai préféré un lapidaire « Soit vous êtes tous calmés dans 15 min, soit j’appelle les flics » à une négociation sans fin sur le pourquoi du comment « cestpassigravevuquec’estqueladeuxièmefoisqueçaarrive ». Je vous ai aussi suggéré d’aller en boîte plutôt que de foutre le dawa dans un immeuble résidentiel en plein centre-ville. Ce à quoi ta copine a répondu avec une moue dépitée « Ben non en boîte on peut pas y aller ». Pauvre chérie. Elle aurait mérité un oscar.

 

Du coup je me suis dit qu’il fallait que je surenchérisse. Je n’allais tout de même pas me laisser faire. Vous voulez faire dans le pathos ? Ok les gars ! J’ai joué la carte du handicap. Il faut bien que mon autisme me serve à quelque chose de temps en temps. Donc là Bobby je vous ai sorti la totale, en résumé : « J’ai un handicap je suis extrêmement fatigable / on a tous nos contraintes / je reprends le boulot lundi / ayez pitié de moi » Tu ne te souviens pas ? Moi si. Tu ne m’as pas crue. Je l’ai vu dans tes yeux. Tu t’es dit « Elle me raconte des cracks ».

 

Franchement à ce moment-là, si j’avais pu, je vous aurais tous massacrés, toi, tes potes bourrés, et ta copine actrice. Malheureusement je n’étais pas équipée pour. J’ai bien pensé utiliser l’économe mais en termes d’efficacité on a vu mieux. Faudra que j’investisse dans une tronçonneuse.  

 

Bref, voyant que notre conversation ne menait nulle part, je suis rentrée, je me suis recouchée, et j’ai attendu jusqu’à 5h du matin que le voisin du dessous pète un plomb et fasse un esclandre pour que vous arrêtiez vos conneries. Evidemment - on n'en attendait pas moins d'elle - ta copine actrice a tenté une ultime négociation à coups de « Mais moi je veux PARLER avec le monsieur !! » en beuglant dans toute la cage d’escalier, sans grand succès vu qu’un de tes potes bourrés traitait au même moment ledit voisin de « taré ».

Le temps de me rendormir, il devait être approximativement 6h du matin.

 

Tu es désolé ? Non, Bobby, c’est faux, tu t’en fous. Ne fais pas semblant. Si réellement tu en avais quelque chose à carrer, tu aurais fait le nécessaire en temps voulu. Tu t’en fous royalement. C’est dommage, vraiment. Moi tu vois, je n’embête personne, je vis ma petite vie, sagement, et je crois fermement que « La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres ». C’est old school, c’est rabat-joie, c’est anti-fun, c’est tout ce que tu veux, mais c’est respectueux. Et à mes yeux, c’est tout ce qui compte.
 

Mon Bobby (je peux t’appeler « mon Bobby » ? Allez, soyons fous, on est intimes maintenant, n’oublie pas que tu m’as vue en pyjama), c’est très simple : soit tu arrêtes tes conneries, et on redevient les meilleurs voisins du monde, soit tu recommences et

1°) je harcèle les flics de coups de fil jusqu’à ce qu’ils se déplacent

2°) j’envoie un recommandé à ton propriétaire.

Si ça ne suffit pas, j’irai déposer plainte pour tapage nocturne.

 

Tu dis quoi ? « C’est pas sympa ? » Mais JE ne suis PAS sympa, Bobby. Je suis même très très méchante. Je suis la méchante méchante reine qui sème la terreur au sein de son royaume. Bouuuu.

 

Ben oui Bobby mais tu vois, ma propre survie est plus importante à mes yeux que ton amour de la fête. Quelle égoïste je fais.

 

Allez je tente un compromis. Je te propose un « Vis ma vie » pendant une semaine! Je te prête mon autisme, mon hyper sensibilité au bruit, ma fatigabilité, mon anxiété, et moi je récupère ton goût de la fête et ton QI d’huître. Ça me fera des vacances. On verra comment tu réagiras quand je t’empêcherai de dormir alors que tu accumules de la fatigue depuis des semaines et que tu es censé reprendre le boulot dans les 24h qui suivent (vois-tu, les fêtes de fin d’année pour un autiste c’est pas franchement le Club Med, et les miennes ont été particulièrement éreintantes).

 

« Non merci ? » Je suis déçue, Bobby, je t’imaginais plus joueur que ça.

 

Sans rancune, mon Bobby, et... à la prochaine.

 


 

 

 

 

Image tirée du film "Massacre à la tronçonneuse"

Image tirée du film "Massacre à la tronçonneuse"

Repost 0
Published by Super Pépette - dans Anecdotes aspie-rantes
commenter cet article
15 novembre 2013 5 15 /11 /novembre /2013 12:44

Pour moi, un tatoueur ça ressemblait nécessairement à ça :

http://corrosif.fr/2011/03/de-lautre-cote-des-2-roues/

http://corrosif.fr/2011/03/de-lautre-cote-des-2-roues/

Une sorte de biker, un gros dur limite sadique, qui vous donne envie de faire dans votre froc rien qu’en le regardant, et qui tatoue des têtes de morts et des roses que l’on choisit sur catalogue. (ridicule comme caricature, je sais)

 

Mais ça, c’était avant !

 

Avant que je ne découvre l’univers de Lionel Fahy sur son blog http://lioneloutofstep.blogspot.fr/, qui est très loin du cliché que j’avais en tête. C’est un artiste avant d’être un tatoueur, avec un style bien à lui, une « empreinte » reconnaissable entre mille. En parcourant son blog je suis tombée en pâmoison devant son travail et je me suis dit « ça sera lui ou rien ! ». J’ai trouvé ses tatouages à la fois poétiques et percutants, d’une finesse incroyable, extrêmement modernes.

 

J’avais envie d’un tatouage très personnel, du sur-mesure qui ait vraiment un « sens » pour moi, qui raconte mon histoire. Après avoir parcouru moult citations sur l’autisme, le syndrome d’Asperger et  la différence, j’ai fini par choisir une citation de Einstein que j’adore « Tout le monde est un génie. Mais si vous jugez un poisson sur ses capacités à grimper à un arbre, il passera sa vie à croire qu'il est stupide. »

 

Le jour J, je suis arrivée à la boutique à 10h (après m’être perdue dans les rues de La Roche Sur Yon : classique !), et j’ai présenté cette citation à Lionel. Nous avons préparé le dessin ensemble, sur l’instant.

 

Lionel est quelqu’un qui prend le temps. Les premiers moments, cela m’a un peu décontenancée, moi qui suis très « speed » et qui, à peine arrivée, avais déjà envie d’en finir ! Mais lui n’est pas dans une logique de « rentabilité », c’est un passionné, il passe plusieurs heures (voire toute une journée, bien souvent) avec un seul client. Je crois que c’est une très bonne chose : cela permet d’échanger sur le projet, de se comprendre, de se découvrir, et surtout d’être en confiance.

 

Avant de commencer le tatouage, nous avons été déjeuner ensemble, ce qui nous a donné l’occasion de discuter du SA. J’ai trouvé notre conversation très constructive : c’est une des seules fois depuis mon diagnostic où je me retrouve face à une personne qui s’intéresse réellement, sans préjugés ni stéréotypes en tête, et qui pose des questions intéressantes. Cela donne de l’espoir : OUI il existe des personnes non-autistes ouvertes d’esprit et désireuses d’en savoir plus sur nous ! J’avais presque perdu la foi…

 

Et l’heure est venue de passer sur la table… Je peux vous dire que j’ai souffert le martyre ! Je sais que certains autistes ne ressentent pas la douleur, ou du moins certaines formes de douleurs, pour ma part c’est tout l’inverse, je suis extrêmement douillette. Chaque piqûre d’aiguille irradiait dans tout mon bras, j’avais par moments l’impression qu’on était en train de le découper en deux avec une tronçonneuse, j’ai tout ressenti avec une intensité incroyable, c’était franchement l’horreur ! Au bout d’un certain temps, nous avons fait une pause, et je lui ai dit, toute contente « Ah ça avance vite ! », ce à quoi il m’a répondu « Ça fait quand même déjà 1h30 que je suis dessus ! ». J’avais perdu toute notion du temps… J’étais clairement dans un état second. Il m’a aussi dit que je n’arrêtais pas de gigoter, alors que j’avais l’impression d’être immobile comme une statue. J’avais des soubresauts nerveux que je ne contrôlais pas du tout, ce qui compliquait énormément son travail (le pauvre, je pense qu’il a souffert autant que moi !).

 

J’étais également en mode « C’est quand qu’on arrive ? ». Je lui demandais régulièrement où on en était, si on avait bientôt fini ou pas, combien de temps il restait encore… Pénible à souhait, la Pépette !

 

Après 3h30 de boulot, 3 pauses pipi, 410 insultes (dans ma tête ça donnait quelque chose comme ça « Salope*%° d’aiguille de mes  ù%*µ£ bord**% de me#& » etc etc), une dizaine de « On a bientôt fini ? » et 4 tentatives de fugues virtuelles, nous avons terminé ! J’étais vidée, épuisée, je n’avais qu’une idée en tête : rentrer chez moi et me rouler en boule sous la couette.

 

Nous avons pris quelques photos, et j’ai même eu droit à un petit cadeau avant de partir : un livre dédicacé de ses illustrations que j’ai pu feuilleter dans le train ! C’était noël avant l’heure.

Mon tatouage sur le droit à la différence

J’étais à la fois heureuse d’en avoir fini, et déçue de mettre un terme à cette belle rencontre. Je ne sais pas comment l’expliquer, mais ce qui se noue entre un tatoueur et son client est quand même, à mon sens, assez « intime ». En peu de temps, le vécu que l’on a en tant que tatoué est très intense : on passe de l’excitation à la douleur, de l’angoisse au soulagement, de l’abstrait au concret. Petit à petit, au fil des minutes, il se crée quelque chose, une œuvre d’art, qui va rester, nous accompagner, nous « grandir » comme le dit Lionel. Le tatoueur est là pour ancrer en nous des valeurs, un vécu, pour donner, de façon indélébile, corps à l’intangible. C’est assez incroyable, quand on y pense. Une personne dont on ne connaît presque rien nous « marque », dans tous les sens du terme, à vie.

 

Une belle expérience donc, que je ne regrette absolument pas !

 

Merci à toi Lionel pour ta patience et ta gentillesse, je te souhaite de vivre encore longtemps de ton art et de continuer à élever, armé de tes encres « barbecue », ceux qui croisent ton chemin.

Les 3 mots disséminés dans les branches sont mon triple A à moi "Advocacy", "Acceptance", "Awareness"

Les 3 mots disséminés dans les branches sont mon triple A à moi "Advocacy", "Acceptance", "Awareness"

Repost 0
Published by Super Pépette - dans Anecdotes aspie-rantes Asperger
commenter cet article
8 novembre 2013 5 08 /11 /novembre /2013 13:40

Actuellement ma vie ressemble à ça :

 

 

 

Photo extraite de la page facebook https://www.facebook.com/17ruemercoeur?filter=3

Photo extraite de la page facebook https://www.facebook.com/17ruemercoeur?filter=3

Un intérieur cosy, douillet, confortable, avec des lumières douces et tamisées, au calme, où chaque chose est à sa place. Ma vie, c’est ce salon, cette zone de confort, préservée du monde extérieur, et de tout ce qui, potentiellement, pourrait me faire chavirer.

 

Je limite les interactions sociales, je travaille à temps partiel, je m’adonne à mes passions à volonté, j’écris, je lis, je prends soin de mes animaux.

Paraîtrait que la vie débute hors de la zone de confort. En théorie ça donnerait ça :

Version édulcorée

Version édulcorée

Moi ma vie, C’EST ma zone de confort.

Version qui pique le palais

Version qui pique le palais

L’enfer, c’est les autres.

L’enfer, c’est le monde là dehors, épuisant, menaçant, déstabilisant. 

L’enfer, c’est tout ce qui se situe à l’extérieur de ma zone de confort.

Les échanges sociaux à outrance, les imprévus, les transports en commun, le bruit…

 

Je pensais être définitivement à l’abri, grâce à tout ce que j’ai pu mettre en place ces derniers mois pour me préserver, et hier, la réalité m’a rattrapée.

 

Un charmant voisin, Robert, président du conseil syndical de l’immeuble, se sent investi d’une mission au sein de la copropriété : celle de faire respecter l’ordre et la loi le règlement intérieur, par tous moyens possibles.

Robert se prend pour le propriétaire de l’immeuble.

Robert aime bien aller taper à votre porte à n’importe quelle heure pour vous parler du dernier « dossier brûlant » de la copro.

Robert a raté sa vocation de flic.

Robert est toujours tapi dans l’ombre tel un guêpard dans la savane, prêt à bondir sur sa proie pour lui rappeler l’article 3.4.2 du règlement de la copro.

Robert m’angoisse beaucoup.

 

Et je n'aime pas ça du tout du tout. Je suis gentille mais j’ai mes limites.

 

Hier, Robert m’a hélée en me croisant (le contraire eut été étonnant, Robert ayant TOUJOURS quelque chose à dire). En substance, il me sort « La femme de ménage de la copro s’est plainte parce qu’il y avait sur votre palier de la boue à cause des chiens. » Face à une Super Pépette mi-interloquée mi-agacée il surenchérit « Ah bah oui, quand on salit il faut nettoyer ! C’est la moindre des choses ! ». Mon cerveau bouillonne, je dois non seulement activer le mode « conversation entre bipèdes » mais aussi le mode « conversation parfaitement inattendue sur un sujet que je n’ai pas anticipé » et enfin le mode « il va falloir se défendre et avoir de la répartie ». Robert m’aurait parlé de la pluie et du beau temps, pas de problème, je sais faire, mais là... ça faisait beaucoup. Il m’a prise par surprise le coquin. (Non ne vous emballez pas, c'est une façon de parler, notre relation bien que très passionnelle n'en demeure pas moins parfaitement platonique)

 

 Je rétorque donc « Ca n’a rien à voir avec les chiens, j’ai sans doute semé un peu de boue séchée en rentrant chez moi, je n’ai pas fait attention, vu le temps qu’il fait je pense que ça peut arriver à n’importe qui ».

 

« Il n’y en n’avait pas qu’un peu, elle m’a montré, j’ai été voir. »

 

A ce stade je pense que vous vous dites, comme moi, que Robert n’a pas grand-chose à faire de ses journées.

C’est pas faux.

 

Ce genre d’échanges me perturbent toujours au plus haut point, et ça n’a pas loupé. J’avais des tas d’arguments en tête, qui se bousculaient pour sortir, mais je n’ai pas été capable d’émettre un seul son. Comme si tous mes muscles faciaux étaient paralysés alors que mon cerveau, lui, fonctionnait à plein tube.

Je suis simplement rentrée chez moi, agacée par mon incapacité à faire face à cet échange, et humiliée par les remontrances de ce parfait inconnu. (Car oui, un voisin, pour moi, c’est un parfait inconnu ! On n’a pas élevé les vaches ensemble !)

Arrivée chez moi je me suis mise à pleurer comme une madeleine (hyperémotivité quand tu nous tiens) et à trembler de tous mes membres. J’étais énervée contre lui, contre moi, contre la Terre entière. Il m’a fallu deux bonnes heures pour me calmer. J’ai alors rédigé un petit texte : j’étais bien décidée à l’appeler et à lui dire le fond de ma pensée, mais pour que je sois prise au sérieux il fallait que je le fasse sans bafouiller et sans perdre mes moyens. Lire un texte écrit au préalable était la solution idéale. Voilà donc ce que ça a donné :

 

« Je vous appelle pour faire le point sur ce que vous m’avez dit ce midi.

Je vais être très claire et transparente, comme vous avez su l’être avec moi :

  • Vous ne le savez sans doute pas, Robert, mais j’ai bientôt 30 ans, je ne suis pas une gamine, donc me faire remonter les bretelles par vous ou n’importe qui d’autre, franchement j’ai passé l’âge
  • Les 3 gr de boue qu’il y avait sur le palier ne sont pas causés par mes chiens mais plus probablement par mes bottes qui étaient sales, c’est un oubli de ma part, cela peut arriver à n’importe qui, je ramasserai la prochaine fois. Ca n’est pas comme si ils avaient cagué dans l’ascenseur !
  • Je pense d’ailleurs que vous avez pu juger par vous-même en vous invitant chez moi à plusieurs reprises que je ne suis pas une pré-adolescente cradingue irresponsable, et que je vis dans un environnement propre

 

A l’avenir :

Primo : la femme de ménage peut me parler en direct et me mettre un mot dans ma boîte aux lettres, je ne me priverai pas de le lui dire quand je la croiserai. Je lui rappellerai également que la vocation de l’entreprise de nettoyage est bel et bien de … nettoyer.

Secundo : Venir chez moi à n’importe quelle heure : c’est fini. C’est intrusif et ça ne se fait pas. Si besoin de me contacter, vous pouvez le faire par texto ou en mettant un mot dans la boîte aux lettres »

 

Robert m’a régulièrement interrompue pour me dire « Non mais moi je dis les choses franchement » l’air de dire « il ne faut pas s’en formaliser ». Je lui ai répondu à chaque fois « Oui oui, il n’y a pas de mal, moi aussi je dis les choses franchement » et je continuais à lire mon texte… J’ai réussi à aller au bout, sans buter sur les mots ni me mettre à pleurer (quand la tension est forte, je pleure !), en étant ferme et très « pro ».

A la fin, le sieur Robert a pété un plomb et s’est mis à hurler qu’il allait me « laisser dans la merde » que c’était « la guerre », que «votre paillasson perd ses poils, c'est inadmissible» (je n'invente rien) et autres débilités. J’ai donc dit « Ok Robert, bonne après-midi » et j’ai raccroché.

 

Je pense qu’on a là un exemple parfait d’analyse transactionnelle* : Robert m’imposait un mode de communication « Parent-Enfant » et j’ai inversé la vapeur en basculant la communication sur un mode « Adulte-Adulte ». Ce qui, bien sûr, ne lui a pas plu, car il a perdu l’ «ascendant» en quelque sorte.

 

Tout cela m’a demandé des efforts considérables, et j’ai réalisé qu’au moindre accroc, tout mon petit monde de douceur pouvait s’écrouler.

 

Je suis et serai toujours autiste, avec mes difficultés, et le monde extérieur tel qu’il existe est une menace permanente à mon équilibre. Je ne peux pas le plier à mes exigences, je ne peux pas le façonner, le transformer, je ne maîtrise rien. Je ne peux agir que sur moi-même et ma zone de confort.

 

Bénie soit-elle !

 

 

* Il s'agit d'une théorie de la communication, une des seules choses un tant soit peu intéressantes que j'ai pu étudier en ESC. Si vous avez le temps jetez un coup d'oeil ici, un jour ou l'autre ça pourrait vous être utile.

 

"Je suis parfaitement flexible, à condition que tout se passe exactement comme je le souhaite"

"Je suis parfaitement flexible, à condition que tout se passe exactement comme je le souhaite"

Repost 0
Published by Super Pépette - dans Anecdotes aspie-rantes
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog de emoiemoietmoi
  • : émoi émoi et moi... Le blog porte bien son nom! Il est avant tout centré sur...moi, ma petite vie, mes coups de gueule, mes envies. J'essaye d'apporter un certain éclairage sur le syndrome d'Asperger trop méconnu en France. Avec humour, toujours. // Ce blog est protégé par les droits d'auteur. Toute reproduction, diffusion, publication partielle ou totale est interdite sans l'autorisation écrite de l'auteur.
  • Contact

    superpepette.jpeg