Poussée par l’irrépressible envie de me sentir utile et de sortir du train-train métro-boulot-dodo (ou plutôt boulot-dodo, j’ai la chance de pouvoir aller travailler à pied), j’ai commencé à farfouiller et à me renseigner sur différentes associations qui militaient pour des causes qui me tiennent à cœur, dont la protection des animaux. Une en particulier a attiré mon attention : elle fonctionne par le biais de foyers d’accueil et dispose en plus d’un petit local au cœur de la ville qui accueille les chats abandonnés. Cela me permettait d’être à la fois foyer d’accueil, et de pouvoir également me rendre utile sur place en faisant un brin de ménage ou en accueillant les futurs adoptants lors des portes ouvertes. J’étais ma foi fort enthousiaste, et j’avais hâte de commencer ma nouvelle mission.
Coup de fil à la responsable de l’association. Nous échangeons rapidement et elle me donne rendez-vous pour le dimanche matin à 8H30. Aouch.
Oui mais bon, je n’ai pas beaucoup d’autres disponibilités dans la semaine.
La cause animale le vaut bien.
Je ferai une sieste l’après-midi.
Et puis de toute façon je n’ai pas vraiment besoin de dormir.
Prudente, je lui demande tout de même si elle peut me fournir le numéro de téléphone de la bénévole qui doit assurer le ménage avec moi ce matin-là (en cas de pépin, ça peut toujours servir). Réponse pour le moins surprenante « Ah non on ne communique plus le numéro des bénévoles, on a eu trop de soucis ». Euh oui, mais bon à priori moi aussi je suis bénévole là, non ? Non ? Bon, il faut que je fasse mes preuves d’abord et que je prouve que je ne suis pas une psychopathe qui zigouille des chatons sur ma table de cuisine et passe ses soirées à harceler des bénévoles. Ça ne devrait pas être trop difficile. Je ne bronche pas et accepte, docile.
Dimanche matin, Pépette (Pépette, c'est moi, ne me demandez pas pourquoi j'ai choisi ce surnom), toujours aussi motivée, se lève à l’aube, et prend même le temps d’aller acheter des petites friandises à la seule boulangerie du coin ouverte pour nous mettre du baume au cœur et me faire accepter par ma nouvelle copine-bénévole. J’arrive au local de l’asso à 8h30 pétantes. Personne. Les minutes s’égrènent, toujours personne. Je commence à m’impatienter, d’autant qu’il fait froid dans ma voiture, que je suis fatiguée, et qu’il est 8h30 un dimanche matin, merde ! A 8h45, j’ai déjà décidé que les friandises resteraient bien au chaud dans la voiture et que je les partagerais avec mon amoureux à mon retour. A 9h, je décide tout de même de laisser un message à la responsable de l’asso en lui signalant que ça fait 30 min que j’attends et que si elle pouvait passer un coup de fil à la bénévole-qui-n-est-plus-trop-ma-copine ça me rendrait bien service. Miracle, à 9h10 une femme d’une quarantaine d’années se pointe. Je la salue, elle me salue. Je lui dis, sur un ton poli : « C’était pas à 8h30 le rendez-vous ? », « D’habitude si mais là je n’ai pas eu le temps d’arriver plus tôt ». Inutile de préciser que j’étais déjà à ce moment-là assez énervée et que son explication n’a pas inversé la vapeur ! Elle ne prend pas la peine de se fendre d'une excuse, rien, nada.
Nous rentrons dans le local. Première impression : une odeur terrible d’urine de chat m’envahit les naseaux. Je ne m’en formalise pas, c’est bien normal, mais c’est vrai que ça soulève le cœur quand on manque d’habitude. Micheline, à ma demande, commence à m’expliquer la façon dont il faut procéder. « Alors, quand le chat a mis de la litière autour de son bac, pour éviter de ramener des germes dans la cage, surtout on ne ramasse pas la litière avec une pelle mais directement avec les mains nues, après se les être lavées évidemment » Stupeur et tremblements. Devant mon air ahuri, Micheline croit bon de préciser, avec un ton passablement agacé « Bah oui quand on aime les animaux on n’a pas peur de se salir ! » Je vous précise à ce stade que j’ai deux chats, et que malgré tout l’amour que je leur porte, je n’ai jamais ramassé leur litière à mains nues. J’aurais aimé répondre à Micheline qu’il faudrait peut-être songer à leur lécher le c… après qu’ils aient fait caca, ce qui leur éviterait d’avoir à se lécher et de se salir la langue, mais j’ai simplement dit « Ou sinon on utilise du sopalin ». Silence. Réponse : « Oui, aussi ». Quel duo de choc. Micheline finit ses explications, et me voilà en train de nettoyer des litières, remplir des gamelles, cajoler des chats. J’adore les chats, et je suis heureuse d’être là, mais j’aurais préféré être en meilleure compagnie ! L’heure des portes ouvertes arrive, d’autres bénévoles s’engouffrent dans le local avec leurs petits protégés qu’ils viennent présenter à l’adoption. J’ai le secret espoir d’avoir un meilleur feeling avec l’un d’entre eux. Que nenni. Il s’avère qu’ils sont tous ce que j’appelle désormais des « extrémistes des chats ».
Un extrémiste des chats a au minimum 8 chats chez lui. Il connaît tout du chat, de ses comportements, et pratique allègrement l’auto-médication. « Il a l’œil rouge ? Ah bah tu lui mets du collyre X, tu trouveras ça en pharmacie », « Il a la diarrhée ? ¼ de smecta dans du yaourt » Les conseils donnés ne sont pas forcément mauvais, mais je trouve personnellement dangereux de ne pas passer par la case « vétérinaire » dont c’est le métier ! L’extrémiste des chats aime tous les chats, peu importe leur caractère et leurs défauts. J’ai ainsi appris qu’un chat « coquin » était un chat qui a le coup de patte facile, qu’un chat « indépendant » est un chat qui se tape des bipèdes comme de sa première souris, et qu’un chat « à sociabiliser » est un chat qui va vous cracher dessus dès que vous entrez dans son champ de vision.
Bref, ils sont tous beaux.
Gouzou Gouzou.
Enfin, l’extrémiste des chats préfère les chats aux humains, exception faite de ses camarades extrémistes, évidemment. Les humains sont méchants, ils font du mal aux animaux, le monde extérieur est périlleux. D’où l’intérêt de se reproduire uniquement avec des extrémistes et de s’entasser dans un espace réduit avec tout un tas de compagnons poilus. J’exagère à peine. En ce qui me concerne, j’adore les animaux, mais j’ai mes limites. Les chats hyperactifs, qui sont dominants, qui me crachent dessus, ou qui ont des puces partout ne me donnent pas forcément envie de coller mon visage dans leur fourrure. De la même manière qu’un humain qui a mauvais caractère ou qui sent le fromage ne me donnera pas envie de lui rouler une pelle.
Je comprends sincèrement qu’il puisse être difficile pour ces personnes de rester impartiales alors qu’elles font face tous les jours à la souffrance animale et qu’elles côtoient des humains qui leur font subir des choses horribles. Mais la généralisation est dangereuse. Il arrive aussi qu’une personne ne puisse plus assumer son animal. Il peut nous arriver à tous, y compris aux extrémistes des chats, de se retrouver dans une situation critique : maladie longue durée, difficultés financières, problème de logement… Si nous n’avons pas de famille, pas d’ami qui accepte de récupérer notre compagnon, que faire ? Il faudrait dans ce cas pouvoir abandonner son animal en toute dignité, et pourquoi pas participer à sa réinsertion dans une nouvelle famille.
C’est une décision extrêmement douloureuse qui à mon sens ne devrait pas être vécue dans la honte.
Et peut-être que mon opinion est, quant à elle, extrêmement idéaliste… Je ne sais pas.
En tout cas pour l’instant je résiste, je ne suis pas rentrée dans le cercle très fermé des extrémistes des chats, et je passe pour être l’intolérante de service. Bah oui, un chat qui fait pipi sur mon matelas ça m’amuse moyen. Mais je ne m’étendrai pas à ce sujet, les chats que j’ai accueillis en tant que FA feront sans doute l’objet d’un autre billet… Suspense, quand tu nous tiens !